La cage de La Corriveau retrouvée?

L’exosquelette de fer sur lequel le corps de Marie-Josephte Corriveau a été cloué après sa pendaison à Pointe-Lévis serait conservé depuis un siècle, à l’abri des regards, dans un entrepôt du Peabody Essex Museum de Salem, dans le Massachusetts.
Photo: Manon Pelletier pour la SHRL L’exosquelette de fer sur lequel le corps de Marie-Josephte Corriveau a été cloué après sa pendaison à Pointe-Lévis serait conservé depuis un siècle, à l’abri des regards, dans un entrepôt du Peabody Essex Museum de Salem, dans le Massachusetts.

En avril 1763, la Corriveau est condamnée à la pendaison par une cour martiale britannique pour le meurtre de son deuxième mari, Louis Dodier, survenu dans la nuit du 26 au 27 janvier. Durant plus d’un mois, son corps est exposé à la vue des habitants de Pointe-Lévis, à l’angle de l’actuel boulevard de l’Entente et de la rue Saint-Joseph. Tantôt sorcière, assassine ou fantôme, la Corriveau est devenue une figure mythique des contes et légendes québécois.

Claudia Méndez, guide touristique et bénévole à la Société d’histoire régionale de Lévis, est tombée sur une photographie de la cage par le plus pur hasard et à sa grande surprise, croyant, à l’instar des cercles d’historiens québécois, que l’objet avait disparu aux États-Unis vers la fin du XIXe siècle. « Je cherchais des images de la Corriveau pour illustrer un texte poétique de notre revue La seigneurie de Lauzon. De fil en aiguille, je suis tombée sur cette image provenant d’une collection mise en ligne en 2011 par la Bibliothèque publique de New York », raconte-t-elle.

L’image porte l’inscription : « Gibet utilisé à St-Vadier [sic] près de Québec en 1763 pour le corps de Mme Dodier pendue pour le meurtre de son mari. Exhumé en 18… » L’orthographie incorrecte de Saint-Vallier et la désignation de Dodier plutôt que Corriveau auraient contribué à garder l’artefact dans l’anonymat depuis son entrée à l’Essex Institute — aujourd’hui le Peabody Essex Museum — en 1899.

 

Pièce authentique?

Malgré l’engouement que suscite déjà la découverte parmi les historiens de la Nouvelle-France et du Québec, nul ne sait avec certitude si le gibet a vraiment accueilli le corps refroidi de la Corriveau.

Si Louis-Honoré Fréchette prétend avoir vu la cage lorsqu’elle a été exhumée en 1849 dans un cimetière de Lévis, comment savoir s’il s’agit bien de celle de la défunte Corriveau ? « L’a-t-on véritablement trouvée dans le sol, ou quelqu’un l’a-t-il fabriquée de toutes pièces 80ans plus tard ? On n’aura jamais de preuve absolument ferme sauf si un archéologue établit que la structure de fer date bien de 1763 plutôt que de 1849 », explique Donald Fyson, spécialiste de l’histoire du Québec du XVIIIe au XXe siècle.

Dans l’attente d’un examen archéologique, l’historien reste optimiste. Car nous disposons bien d’un document historique établissant que le forgeron Ricard Dee a reçu cinq livres pour « la fabrication d’un gibet pour la veuve Dodier ». Or, « il n’y a aucun autre pendu encagé à Lévis », selon Fyson.

Plus encore, un ordre signé par le gouverneur James Murray le 25 mai 1763 commande au capitaine de la milice de Pointe-Lévis « d’ôter le corps de la veuve Dodier de la potence où elle pend à présent et de l’enterrer où bon vous semblera ».

« La dernière partie de l’ordre me fait penser que le capitaine de milice aurait pu décider de l’enterrer avec sa cage dans le cimetière », argue Donald Fyson.

Après son exhumation, l’exosquelette de la Corriveau est propulsé dans une véritable odyssée nord-américaine. Conservé dans la sacristie de l’église paroissiale de Saint-Joseph-de-Lévis pendant plusieurs semaines, il est acquis par le New-Yorkais Phineas Taylor Barnum, fondateur du cirque éponyme.

Pendant plusieurs années, l’artefact est paradé sous les yeux des curieux, se retrouve bientôt au Boston Museum, avant d’atterrir entre les mains de l’avocat bostonien David P. Kimball. C’est ce collectionneur qui fait don, en 1899, de ladite cage de la Corriveau à l’Essex Institute, qui fusionne avec le musée de Peabody Essex pour devenir en 1992 le Peabody Essex Museum.

Ce musée, principalement dédié aux arts visuels, expose peu d’objets dont l’intérêt est exclusivement historique, ce qui rend hautement probable son rapatriement, d’après Claudia Méndez.

Rendre à César ce qui appartient à César

Après être tombée sur la photographie révélatrice en octobre 2011, Claudia Méndez se rend à Salem. Sa collègue Manon Pelletier et elle sont accueillies par des administrateurs du musée, qui leur expliquent qu’ils ont développé « un programme de retour des objets vers leur lieu d’origine » et qu’ils sont favorables à l’idée d’un prêt à court ou moyen terme. Aux dires de Mme Méndez, ils considéreraient même un don s’ils recevaient une demande formelle d’une institution muséale québécoise.

Au bout du fil, le directeur général du Musée de la civilisation à Québec s’est montré enthousiaste à l’idée de rapatrier la cage de la Corriveau si elle s’avérait authentique.

« La Corriveau est fondamentale, elle fait partie de nos contes et légendes collectifs, donc rapatrier un objet comme celui-là serait très important », dit-il en se montrant prudent quant à l’origine du support à cadavre.

Avant d’intégrer le dépôt d'une archive nationale au Québec, l’exosquelette devrait obtenir la double validation d’experts techniques en plus de celle d’un comité multidisciplinaire composé notamment d’archéologues et d’historiens. En y ajoutant les délais de consultation du comité administratif du musée à Salem, il faudra attendre une ou deux années avant que la relique macabre nous soit rendue.

6 commentaires
  • Jean-Pierre Guay - Inscrit 1 août 2012 03 h 41

    La cage

    WOW ! Il y a quelques années nous avons habité une superbe maison à Beaumont, dans ma cuisine l'armoire de coin que nous utilisions comme garde-manger avait été prélevée dans la maison de la Corriveau. J'ai plusieurs photographie de notre cuisine de l'époque. elle n'était pas particulièrement spéciale mais avec du recul oui.

  • Claude Jean - Inscrit 1 août 2012 09 h 26

    CORRIVEAU (Corrivaux), MARIE-JOSEPHTE, dite La Corriveau

    CORRIVEAU (Corrivaux), MARIE-JOSEPHTE, dite La Corriveau, née à Saint-Vallier, près de Québec, et baptisée le 14 mai 1733, fille de Joseph Corriveau, cultivateur, et de Marie-Françoise Bolduc ; elle épousa en premières noces, le 17 novembre 1749, Charles Bouchard, cultivateur, inhumé le 27 avril 1760, de qui elle eut trois enfants, et en secondes noces, le 20 juillet 1761, Louis Dodier, cultivateur ; morte pendue à Québec, probablement le 18 avril 1763.

    Il n’est guère de femme, dans toute l’histoire canadienne, qui ait plus mauvaise réputation que Marie-Josephte Corriveau, appelée communément La Corriveau. Cette malheureuse est morte voilà plus de deux siècles, mais elle continue de hanter les imaginations. On parle encore d’elle, de son crime réel et de ses crimes fictifs. Le 15 avril 1763, elle fut condamnée à mort par une cour martiale pour le meurtre de Louis Dodier, son second mari, survenu dans la nuit du 26 au 27 janvier 1763. Cet assassinat donna lieu à deux procès retentissants devant un tribunal militaire qui se réunit dans une des salles du monastère des ursulines de Québec et qui était composé de 12 officiers anglais et présidé par le lieutenant-colonel Roger Morris. Les procès-verbaux de ces procès, retrouvés en 1947 à Londres, permettent d’établir les faits très exactement et de les dégager de la légende qui les entoura par la suite.

    Pour en savoir plus:

    http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?BioId=

    La Corriveau : Au-delà de la légende

    Pour en savoir plus:

    http://www.capitale.gouv.qc.ca/produits-services/p

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 1 août 2012 11 h 23

    Curieux

    Les éléments qui apparaissent sur la photo ne ressemblent pas à la cage exposée par Barnum au XIXè siècle.

  • - Inscrit 1 août 2012 11 h 48

    Cour martiale

    Il est intéressant de noter que cela se passe quelque mois après la conclusion du traité de Paris (10 février 1763) qui cédait officiellement le Canada à l'Angleterre. Ces procès ont lieu pendant l'occupation anglaise après que le droit français sous la Nouvelle-France ait cessé d'avoir force de loi et avant que l'administration anglaise établisse un système juridique dans sa nouvelle colonie. Donc, c'est la cour martiale qui est un tribunal militaire d'occupation qui traitait des affaires graves comme celle-là.

    Le but de la cage était justement d'intimider la population et de créer une certaine terreur pour décourager les gens de troubler l'ordre public et, surtout dans le contexte de la nouvelle colonie du Canada, de se soulever contre l'occupant anglais.

    Éventuellement, par l'Acte de Québec de 1774, on reconnaîtra le droit civil français comme système juridique pour les affaires civiles dans la nouvelle colonie mais le droit anglais (Common Law) pour tous les autres types de lois, en particulier le droit pénal.