Protestations autour de la sculpture Recevoir

Le Parc olympique annonçait la semaine dernière qu’il acceptait « d’être choisi par l’artiste montréalais André Desjardins » pour accueillir, au printemps 2013, le don de Recevoir, une statue de bronze de 3,7 mètres. Plusieurs spécialistes en arts visuels ont entamé des protestations contre le choix de l’oeuvre, fait sans concours, mais surtout contre le détournement des politiques en art public.


C’est une place fort symbolique que Recevoir cherche à occuper. Le Parc olympique n’a accueilli à ce jour, comme sculpture, que La joute de Jean Paul Riopelle, déménagée dans un tollé de protestations dans le Quartier international en 2003. C’est pourquoi l’ingérence du ministère du Tourisme en art public devient, pour les spécialistes, un grave faux pas.


Le critique Nicolas Mavrikakis a dénoncé la façon de faire sur son blogue du Voir. Le Devoir publie aujourd’hui une lettre ouverte en page A 7 d’Emmanuel Galland et Annie Lafleur, spécialistes en arts visuels, qui lancent une pétition sur les réseaux sociaux pour demander l’intervention de la ministre de la Culture Christine St-Pierre.


En entrevue au Devoir, l’historienne de l’art et commissaire indépendante Anne-Marie Ninacs s’est inquiétée. « Pourquoi, pour une place publique si importante, le ministère de la Culture devient fantôme ? Pourquoi le ministère du Tourisme peut décider du jour au lendemain de faire fi de 50 ans de pratiques en arts ? Parce que tout le monde a des yeux, la tendance est de penser que toutes les appréciations se valent. Il faut comprendre que les spécialistes - critiques, historiens de l’art, professeurs, commissaires - passent leurs vies à regarder et à analyser des formes. C’est comme goûter du vin : on finit par faire la différence entre une piquette et un grand cru. »


L’artiste André Desjardins, au Québec, est représenté par la galerie Rocca. C’est l’Academy of Fine Art Foundation des États-Unis qui fait don de la pièce, estimée, avant même son existence, à 1,1 million de dollars. Le Parc olympique entend investir 50 000 $ dans l’installation. « M’inquiète dans ce cas la distance par rapport au commerce, poursuit Mme Ninacs. Quel est le profit de ces acteurs américains à mettre sur la place publique québécoise un artiste qu’eux-mêmes défendent ? Le don semble généreux, mais ils [tirent profit de] ce geste, calculé. La politique d’intégration des arts à l’architecture est un mécanisme pour se prémunir contre ces gestes. Dans toutes les institutions qui mènent aux institutions muséales, cet artiste n’est pas reconnu. Il travaille dans une esthétique qui relève du xixe siècle, à laquelle toute notre modernité s’est opposée. Ce qui est frappant, c’est qu’on remplace La joute de Riopelle, un artiste qui a vociféré contre l’art académique, par une oeuvre qui revient à ce genre de vocabulaire. »

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