Sale temps pour RCI

Quelques dizaines de personnes ont pris part hier midi à une manifestation devant la tour de Radio-Canada (RC), dans l’est de Montréal, à la suite d’un appel lancé par le Comité d’action de RCI.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Quelques dizaines de personnes ont pris part hier midi à une manifestation devant la tour de Radio-Canada (RC), dans l’est de Montréal, à la suite d’un appel lancé par le Comité d’action de RCI.

Quelques dizaines de personnes ont pris part hier midi à une manifestation extérieure et bruyante devant la tour de Radio-Canada (RC), dans l’est de Montréal, à la suite d’un appel lancé par le Comité d’action de RCI. Leur demande : « exiger du gouvernement fédéral qu’il annule les compressions budgétaires abusives imposées à RCI », selon le communiqué distribué sur place.


Toutes proportions gardées, « la voix du Canada à l’étranger » est la plus affectée par les récentes compressions de RC/CBC. Son budget annuel passe de 12,3 à 2,3 millions de dollars. Elle se concentre sur le Web et cesse donc d’émettre sur ondes courtes à compter de lundi prochain, après 67 ans de diffusion dans plusieurs langues. Le Comité d’action rappelle que plusieurs pays, dont la Chine, censurent l’accès à Internet.


Le russe et le brésilien disparaissent de RCI. La salle de nouvelles se contracte à l’extrême puisqu’une cinquantaine d’employés permanents ou surnuméraires sur environ 70 seraient licenciés.


« Officiellement, Radio-Canada dit que RCI est simplement transformé en continuant la diffusion sur le Web. C’est faux, dit Wojtek Gwiazda, réalisateur, animateur et porte-parole du Comité d’action. En fait, on ferme toute la programmation. Franchement, comment voulez-vous couvrir l’actualité du Canada, d’un bout à l’autre, avec trois personnes par langue de diffusion ? »


M. Gwiazda parle aussi d’une « mort par mille coups », le diffuseur étant dénaturé de tous bords, selon lui. « Trois tentatives précédentes pour nous fermer purement et simplement ont échoué dans les années 1990 à cause de la réaction des employés et des amis de RCI, dit-il. Radio-Canada a appris. Il arrive donc au même résultat par d’autres moyens. »


Le Syndicat des communications de Radio-Canada avait l’intention de contester la légalité de certaines décisions, par exemple le fait que la charte de RC oblige RCI à diffuser sur ondes courtes et à consulter le ministère des Affaires étrangères pour déterminer les zones géographiques desservies par la radio internationale. Le 7 juin, le ministère du Patrimoine canadien a plutôt fait adopter un décret en conseil qui retire ces obligations.

 

L’obsolescence des ondes


Dans un courriel envoyé au Devoir, la direction de Radio-Canada rappelle avoir été « confrontée à des décisions difficiles » après la « substantielle réduction de son financement ». Elle ajoute toutefois que « les considérations financières » n’expliquent pas tout du virage.


L’abandon de la diffusion par ondes courtes serait de plus en plus observé chez les autres diffuseurs publics du monde. Cette technologie serait d’une « obsolescence indéniable » par rapport à « la seule voie porteuse d’avenir » du Web.


« Prendre le virage Internet représente la meilleure stratégie pour assurer la viabilité de RCI et lui permettre de poursuivre sa mission de diffuser l’image du Canada dans le monde en atteignant un auditoire potentiel beaucoup plus important, écrit Marc Pichette, directeur des relations publiques de RC. Sur Internet, RCI devient un média interactif dynamique, accessible en tout temps, qui ne connaît pas de frontières. Dans sa formule renouvelée, RCI propose des webmagazines en français, en anglais, en espagnol, en arabe et en chinois [mandarin], des coproductions inédites, des productions multimédias, des nouvelles internationales et nationales et même un blogue actualités. »

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