Sale temps pour RCI

Quelques dizaines de personnes ont pris part hier midi à une manifestation devant la tour de Radio-Canada (RC), dans l’est de Montréal, à la suite d’un appel lancé par le Comité d’action de RCI.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Quelques dizaines de personnes ont pris part hier midi à une manifestation devant la tour de Radio-Canada (RC), dans l’est de Montréal, à la suite d’un appel lancé par le Comité d’action de RCI.

La « voix du Canada à l’étranger » s’enroue dangereusement. Ce lundi 25 juin, Radio Canada international (RCI) sortira des ondes après avoir perdu 80 % de son budget et la majorité de ses effectifs.

Quelques dizaines de personnes ont pris part hier midi à une manifestation extérieure et bruyante devant la tour de Radio-Canada (RC), dans l’est de Montréal, à la suite d’un appel lancé par le Comité d’action de RCI. Leur demande : « exiger du gouvernement fédéral qu’il annule les compressions budgétaires abusives imposées à RCI », selon le communiqué distribué sur place.


Toutes proportions gardées, « la voix du Canada à l’étranger » est la plus affectée par les récentes compressions de RC/CBC. Son budget annuel passe de 12,3 à 2,3 millions de dollars. Elle se concentre sur le Web et cesse donc d’émettre sur ondes courtes à compter de lundi prochain, après 67 ans de diffusion dans plusieurs langues. Le Comité d’action rappelle que plusieurs pays, dont la Chine, censurent l’accès à Internet.


Le russe et le brésilien disparaissent de RCI. La salle de nouvelles se contracte à l’extrême puisqu’une cinquantaine d’employés permanents ou surnuméraires sur environ 70 seraient licenciés.


« Officiellement, Radio-Canada dit que RCI est simplement transformé en continuant la diffusion sur le Web. C’est faux, dit Wojtek Gwiazda, réalisateur, animateur et porte-parole du Comité d’action. En fait, on ferme toute la programmation. Franchement, comment voulez-vous couvrir l’actualité du Canada, d’un bout à l’autre, avec trois personnes par langue de diffusion ? »


M. Gwiazda parle aussi d’une « mort par mille coups », le diffuseur étant dénaturé de tous bords, selon lui. « Trois tentatives précédentes pour nous fermer purement et simplement ont échoué dans les années 1990 à cause de la réaction des employés et des amis de RCI, dit-il. Radio-Canada a appris. Il arrive donc au même résultat par d’autres moyens. »


Le Syndicat des communications de Radio-Canada avait l’intention de contester la légalité de certaines décisions, par exemple le fait que la charte de RC oblige RCI à diffuser sur ondes courtes et à consulter le ministère des Affaires étrangères pour déterminer les zones géographiques desservies par la radio internationale. Le 7 juin, le ministère du Patrimoine canadien a plutôt fait adopter un décret en conseil qui retire ces obligations.

 

L’obsolescence des ondes


Dans un courriel envoyé au Devoir, la direction de Radio-Canada rappelle avoir été « confrontée à des décisions difficiles » après la « substantielle réduction de son financement ». Elle ajoute toutefois que « les considérations financières » n’expliquent pas tout du virage.


L’abandon de la diffusion par ondes courtes serait de plus en plus observé chez les autres diffuseurs publics du monde. Cette technologie serait d’une « obsolescence indéniable » par rapport à « la seule voie porteuse d’avenir » du Web.


« Prendre le virage Internet représente la meilleure stratégie pour assurer la viabilité de RCI et lui permettre de poursuivre sa mission de diffuser l’image du Canada dans le monde en atteignant un auditoire potentiel beaucoup plus important, écrit Marc Pichette, directeur des relations publiques de RC. Sur Internet, RCI devient un média interactif dynamique, accessible en tout temps, qui ne connaît pas de frontières. Dans sa formule renouvelée, RCI propose des webmagazines en français, en anglais, en espagnol, en arabe et en chinois [mandarin], des coproductions inédites, des productions multimédias, des nouvelles internationales et nationales et même un blogue actualités. »

4 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 21 juin 2012 10 h 05

    Ça sent l'étranglement

    Grâce à une apps (pour iPod, iPad ou iPhone) fournie par la SRC, je me suis récemment branché à RCI entre 21 heures et 22 heures. Au programme, entre autres, un reportage sur les manifestations contre les prix excessifs des aliments dans les communautés de l'Arctique canadien. L'émission était diffusée en espagnol.

    Or, ce n'est pas à une émission d'une heure que les auditeurs ont eu droit mais à une de trente minutes, diffusée deux fois de suite. Passer deux fois de suite la même émission, il faut le faire... Est-ce la coutume à RCI ? Si oui, ça sent la radio au régime - pour ne pas dire la radio sous-alimentée.

    La méthode est connue : on coupe les vivres et quand le système agonise, faute de moyens, les auditeurs lui tournent le dos et il ne reste plus qu'à dire qu'il était inutile.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 21 juin 2012 10 h 56

    Grand dommage

    Il m,est arrivé à l'étranger de rencontrer des gens fidèles à RCI. Pour eux, c'était une voix d'espérance, au dessus des fourberies des instances politiques de leurs pays qu'on tente de leur faire avaler.

  • Denis Raymond - Inscrit 22 juin 2012 12 h 33

    Une vision qui a des tentacules

    Récemment Trudeau fils disait: ''Je ne reconnais plus mon Canada''. Sûrement il voulait faire le lien avec ''Protègera nos foyers et nos droits''.Cette coupure est un prolongement du plan ''machiavélique'' du gouvernement fédéral actuel. On se penserait en Grèce avec toutes ces coupures économiques dans toutes les activités canadiennes, c'est comme s'il avait urgence à quelque part. Cette urgence fait parti de leur stratégie pour que le Canada devienne une super Nation économiquement fort au détriment de la Culture, de l'Environnement et de sa Bio-diversité, des autres activités sociales, etc.
    Dans certaines cultures toutes ces restrictions ne seraient pas acceptables. Mais qu'est-ce qui se passe dans mon Canada?

  • Normand Parisien - Inscrit 25 juin 2012 14 h 29

    Mon récepteur ondes courtes: un souvenir de jeunesse.

    La réception d'émissions diffusées sur ondes courtes me rappelle des souvenirs de jeunesse. La réception très approximative d'une radio ondes courtes relevait presque d'une prouesse. Avec l'apparition des chaînes de nouvelles continues (CNN) et la percée de l'internet, ce mode de transmission qui connaissait ses heures de gloire à l'époque de la 2e guerre mondiale ou de la guerre froide, semble bien dépassé techniquement parlant. J'ai encore mon nouveau récepteur portatif, qui a remplacé l'ancien, mais c'est vrai que ce genre de diffusion allait en diminuant de la part des gouvernements et ce sont maintenant des groupes religieux qui utilisent ces fréquences. Tout ce milieu des médias est fortement secoué par l'arrivée de l'internet qui nécessite bien moins d'installations.