La fracture numérique s’accentue

La fracture numérique s’accentue. La population la plus riche et la plus diplômée, vivant dans les grands centres urbains, la population la plus jeune, aussi, utilisent davantage Internet et les nouvelles technologies que le reste de la population dans ses « pratiques culturelles ».

La disparité se confirme par rapport à différents usages des plateformes numériques, que ce soit pour l’écoute de la musique sur ordinateur, la lecture des journaux ou la consultation de sites liés à des musées. Même le rapport à la télé, la reine des écrans de la culture et du divertissement, paraît affecté par des facteurs comme l’âge, la scolarité ou le revenu.


Les diplômés universitaires regardent par exemple beaucoup plus la télé en ligne. Ils sont 36 % à le faire, comparativement à 27 % des diplômés du collégial et 18,5 % des Québécois d’un niveau de scolarité inférieur (primaire ou secondaire).


Ces observations découlent des données de la dernière Enquête triennale sur les pratiques culturelles au Québec, diffusée hier. L’échantillon du sondage sur les pratiques de l’année précédente comptait près de 6900 personnes âgées de 15 ans et plus.


« Cette réalité quant à l’intégration des nouveaux supports et des modes d’usage est en fait modulée par les besoins, de même que par les préférences et les aptitudes des individus », dit l’article de 24 pages paru dans Survol (juin 2012), le bulletin de la recherche du ministère. « Par exemple, on constate que […] les générations plus jeunes appelées “ les natifs du numérique ” intègrent davantage les nouveaux modes de pratique que les plus âgées. […] Les besoins diffèrent selon les groupes sociaux (âge, scolarité, revenu, etc.), mais aussi d’un individu à un autre. Cet univers de pratiques culturelles à l’ère numérique aux multiples possibilités amène donc une variété quant aux modes d’accès et il en va du ressort de chacun de choisir les modes d’usage qui lui conviennent. »


Les points forts


Voici quelques autres points saillants tirés de l’enquête :

  • La lecture des quotidiens (48 %) devance l’écoute de la radio (29 %) et la consommation de la télévision (26 %) en ligne.
  • Les hommes sont de plus grands consommateurs de culture dématérialisée. En moyenne, l’écart est de huit points de pourcentage pour les pratiques de référence de la consommation culturelle en ligne (journaux, radio, télé).
  • L’âge devient un facteur déterminant pour la musique et la télé en ligne. Si 13 % des « vieux » écoutent de la musique à partir de l’ordinateur, cette proportion gonfle à 66 % pour les jeunes de 15 à 34 ans. De même, plus de 75 % de ces jeunes regardent des vidéos sur leurs écrans comparativement à 22 % des 55 ans et plus.
  • L’âge joue beaucoup moins pour l’achat de musique et de livres en ligne. D’ailleurs, les plus vieux achètent plus souvent que les plus jeunes des produits culturels sur des sites comme renaud-bray.com.
  • La lecture de livres et de revues demeure encore marginale sur écran. Seulement, l’enquête mesure les pratiques d’il y a trois ans, alors que les tablettes électroniques n’existaient pas. L’iPad est apparu sur le marché à la fin de 2009.
  • Le monde réel et le monde virtuel avancent en cordée, surtout du point de vue des intérêts culturels. Ceux qui fréquentent les bibliothèques sont plus susceptibles de faire des recherches documentaires en ligne. Ceux qui visitent les musées consultent aussi beaucoup plus les sites muséaux.

Évidemment, il faut être branché pour se cultiver en ligne. L’enquête révèle de surprenantes disparités dans l’accès à Internet. Si plusieurs coins du Québec ne bénéficient toujours pas d’une couverture de service à large bande, ce sont les régions intermédiaires qui comptent le moins de ménages branchés à Internet haute vitesse (59,3 %) par rapport aux régions éloignées (68,1 %). Dans les villes, ce taux frise les 75 %. Maintenant, plus de neuf foyers du Québec sont branchés sur le Web.