Le centre Dare-Dare amarre sa roulotte au centre-ville de Montréal

« Nous sommes dans un lieu très passant, mais marginal. Il y a différentes échelles à la marginalité et, nous, nous travaillons sur les limites », explique la coordonnatrice du centre Dare-Dare, Geneviève Massé.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir « Nous sommes dans un lieu très passant, mais marginal. Il y a différentes échelles à la marginalité et, nous, nous travaillons sur les limites », explique la coordonnatrice du centre Dare-Dare, Geneviève Massé.

Nomade depuis près de dix ans, le centre d’artistes Dare-Dare vient d’installer sa roulotte-bureau au centre-ville, à la sortie de la station de métro Saint-Laurent. C’est sur cette friche que prendra racine la cinquième phase du programme « dis/location », voué à la revalorisation de sites dépréciés.

Convoitée par les uns et les autres - le Cinéma Parallèle l’aurait un temps lorgnée -, cette esplanade vacante sera destinée, au moins jusqu’en 2014, à des pratiques d’art public et contextuel portées par des enjeux sociaux et politiques.


« Dis/location : projet d’articulation urbaine » est né en 2004 dans un contexte de hausses de loyer abruptes. Dare-Dare avait alors troqué le confort d’un édifice du centre-ville pour une roulotte au square Viger. Depuis, le centre en art actuel habite, avec l’appui de la Ville de Montréal, des terrains sous-exploités, comme le « parc sans nom » dans le Mile-End qui l’a accueilli entre 2006 et 2008. Voilà maintenant que Dare-Dare revient au coeur de la vie culturelle.


« Nous avons choisi de retrouver une certaine visibilité », commente la coordonnatrice, Geneviève Massé. Pas question pour autant, précise-t-elle, de rejeter l’image de la marginalité.


« Nous sommes dans un lieu très passant, mais marginal. Il y a différentes échelles à la marginalité et, nous, nous travaillons sur les limites. » Le nouvel emplacement, aux confins du Quartier des spectacles et des Habitations Jeanne-Mance, en est, dans ce sens, emblématique.

 

Place publique


La programmation 2012-2013 a été lancée il y a quelques jours avec Secondes zones, une série d’actions signées Anne-Marie Ouellet. Les usagers de la place des Festivals ne peuvent les rater : elles sont tenues par des individus uniformisés et dont les déplacements « anti-spectaculaires » transgressent la fonction des lieux.


« L’artiste a voulu réagir à une phrase du site Internet du Quartier des spectacles qui dit que “la place publique est un privilège et non pas un droit”. C’est une phrase lourde de sens », s’insurge Geneviève Massé.


Au moment où manifester au Québec devient problématique, le retour de Dare-Dare au centre-ville est fort opportun. « La première de Secondes zones s’est presque déroulée dans l’illégalité, dit la coordonnatrice. Tout devient lourd. Mais on teste nos limites et on veut continuer d’infiltrer le système, de questionner l’autorité. »


Un autre volet, déjà en cours, prend place sur une enseigne lumineuse devant la roulotte de Dare-Dare. Sous la forme de courtes phrases, le « projet de littérature urbaine » est aussi politisé. Jusqu’à la semaine dernière, Rémi Beaupré y allait d’un commentaire sur l’éthique et les médias. Simon Brown, du Nouveau-Brunswick, lui a succédé avec le projet Questions posées dans le but d’une réponse définitive.


Poètes et artistes des mots se manifesteront à travers ce panneau au courant des prochains mois, dont Daniel Canty et Marc-Antoine Phaneuf. Parmi les interventions annoncées sous d’autres volets, notons le faux conteneur d’eau que construira cet été, sur huit pieds de hauteur, l’artiste de la Colombie-Britannique, Ross Campbell. En septembre, la Montréalaise Sheena Hoszko érigera, avec la collaboration des commerçants, Monument/Memorial, un projet qui questionnera la transformation du Quartier des spectacles.


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Collaborateur