L'architecture de demain est déjà connue!

Normand Thériault Collaboration spéciale
Concours pour le Complexe sportif de l’arrondissement de Saint-Laurent, Saucier + Perrotte architectes. Perspective du bâtiment vue depuis le boulevard Thimens. <br />
Photo: Source LEAP Concours pour le Complexe sportif de l’arrondissement de Saint-Laurent, Saucier + Perrotte architectes. Perspective du bâtiment vue depuis le boulevard Thimens.

Ce texte fait partie du cahier spécial Architecture mars 2012

Un concours, des propositions par dizaines, par centaines. On décrira souvent les mérites du projet retenu, mais, pour d'autres, ceux et celles-là souvent étant des architectes, il y a autant à apprendre et à découvrir dans les autres projets soumis. Bienvenue dans le monde des idées en action, dans l'univers des concours d'architecture.

Nous sommes en architecture. «Évidemment, en matière de réception sociale et publique, on accorde beaucoup d'attention au projet lauréat d'un concours, et puis on a tendance à oublier les autres. Mais nous nous sommes aperçus que les autres avaient avancé des hypothèses esthétiques ou techniques qui valaient la peine d'être recueillies dans un catalogue numérique qui serait mis à la disposition du milieu architectural, de façon à constituer une connaissance actuelle concrète de l'état des lieux de la pensée du projet d'architecture contemporain au Québec et au Canada.» Et George Adamczyk de décrire qu'en 2001 naissait à l'Université de Montréal le Laboratoire d'étude de l'architecture potentielle, le LEAP, dont la mission est de faire en sorte que ce qui a un jour été conçu mérite à plus d'un titre d'être retenu, mis en mémoire, inscrit en banque.

En fait, le choix d'une proposition se fait souvent selon des critères qui n'enlèvent en rien à d'autres projets leur mérite.

Ainsi, Québec verra en 2014 l'inauguration d'un nouveau pavillon au Musée national des beaux-arts. Si la deuxième phase du concours a été favorable au projet soumis par l'Office for Metropolitan Architecture (OMA, New York) que dirige Shohei Shigematsu, et ce, en consortium avec les architectes québécois Provencher Roy et associés, Paul Bourassa, de ce musée, ne tarit toutefois pas d'éloges pour d'autres propositions.

Parlant ainsi de la proposition signée par la firme Brière, Gilbert et Associés/Nieto Sobejano, il la dit étonnante «parce que travaillée beaucoup en sous-sol, avec une volumétrie extérieure moins présente et un langage architectural marqué». Et il nous fait même rêver en décrivant une autre proposition non retenue: «Le projet le moins spectaculaire, mais ça semblait très volontaire, était celui d'Allied Works: très élégant, presque silencieux, respectueux du cadre monastique qui a marqué l'histoire du lieu.»

Lieu de mémoire


Pour une oeuvre finalisée, on retiendra donc qu'en architecture il y a plus d'une bonne idée qui serait malheureusement «perdue» si elle ne connaissait de vie que les cartons d'un bureau d'architectes. Si on rétorquera que les magazines ont longtemps été des lieux de mémoire, on peut cependant déjà se féliciter qu'au LEAP, via le site www.ccc.umontreal.ca, on a déjà rendu public ce Catalogue des concours canadiens, une bibliothèque de projets de concours donnant en accès public des informations et des images sur près de 2500 projets pour la seule architecture contemporaine canadienne.

Et la qualité des propositions décrites plaide pour une stratégie de concours. Ainsi, une Anne Cormier dira que le concours ouvert pour le Centre d'interprétation de Pabos, en Gaspésie, a été primordial pour sa firme Big City, comme le sera sans doute cette nouvelle bibliothèque à Saint-Hubert pour l'Atelier Tag, de Manon Asselin, ici associé à Jodoin Lamarre Pratte, architectes.

En fait, même pour une firme établie, un concours fait saliver: Saucier + Perrotte architectes a ainsi déposé un projet lors du concours lancé pour le complexe sportif de l'arrondissement de Saint-Laurent à Montréal.

Jours de parole

Que l'architecture potentielle soit de l'architecture tout court, il en sera d'ailleurs question cette semaine quand le LEAP tiendra colloque. Il sera international, comme permet de le découvrir son appellation, car elle est de langue anglaise: «International Competitions and Architectural Quality in the Planetary Age». Si l'inscription est maintenant close, on peut cependant encore décider d'assister à la conférence de Shohei Shigematsu, ce vendredi à 17h30, dans un des amphithéâtres de la Faculté de l'aménagement sise chemin de la Côte-Saint-Catherine.

Et là d'apprendre comment un musée existe, se conçoit, se pense, et ce, longtemps avant qu'un premier visiteur n'en franchisse les portes...