Le 2-22 prend finalement vie dans le Quartier des spectacles

Malgré le résultat final, Christian Yaccarini, président de la Société de développement Angus, maître d’œuvre du projet depuis les débuts, a concédé que le développement du 2-22 avait été semé d’embûches.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Malgré le résultat final, Christian Yaccarini, président de la Société de développement Angus, maître d’œuvre du projet depuis les débuts, a concédé que le développement du 2-22 avait été semé d’embûches.

Après des années de tergiversations et une mise en chantier difficile, l'édifice du 2-22 a finalement été inauguré hier, au cœur du Quartier des spectacles. L'épopée aura toutefois coûté cher aux contribuables. Pas moins d'un million de dollars ont dû être versés en honoraires au «starchitecte» français Paul Andreu, dont le projet initial a été abandonné en cours de route.

Hier, les six copropriétaires du nouvel édifice phare du Quartier des spectacles étaient tout sourire pour faire visiter les locaux de ce nouvel antre culturel drapé de verre sur six étages. Malgré le résultat final, Christian Yaccarini, président de la Société de développement Angus (SDA), maître d'oeuvre du projet depuis les débuts, a concédé que le développement du 2-22 avait été semé d'embûches.

«Pour réussir ce projet, il a fallu changer les plans. On a demandé aux architectes d'Aedifica d'arriver avec un nouveau projet. Tellement de visions fortes se sont opposées. Le processus fut long, mais le résultat est là!», a-t-il dit hier.

En entrevue, M. Yaccarini a affirmé que le divorce avec l'architecte Paul Andreu, d'abord pressenti pour dessiner le bâtiment, avait coûté pas moins d'un million de dollars, soit 5 % du budget total. En 2008, la compensation versée par le gouvernement québécois à la firme Architekten, conceptrice du projet avorté de la salle de l'OSM sur l'îlot Balmoral, n'avait pourtant été que de 100 000 $ (pour un projet de 250 millions). Les visions d'Andreu, auteur du fameux Opéra de Pékin, étaient inconciliables avec les exigences de la Ville et la vision des architectes d'ici.

Résultat, la rondelette somme a dû être versée en rognant dans le budget global de 20 millions, financé à hauteur de 12 millions par Fondaction CSN et le reste par le ministère de la Culture, la ville de Montréal et le gouvernement fédéral.

Une vitrine... en devenir

Symbole de transparence et d'ouverture sur la ville, le fameux 2-22 offre aujourd'hui sa paroi vitrée aux regards des citadins et évoque du même coup le passé du quartier, a ajouté M. Yaccarini. «C'est aussi un clin d'oeil aux effeuilleuses et aux rideaux de scène du Quartier des spectacles. En façade, il reste encore beaucoup d'ouvrage à faire. Les vitrines seront un jour animées, occupées», affirme le président sans plus de détails.

En effet, pour l'instant, ces vitrines seront nues, le temps que l'on trouve les budgets nécessaires pour faire germer des projets culturels liés notamment aux arts visuels et numériques. Vox, copropriétaire et centre de diffusion de l'art contemporain spécialisé dans l'image et les pratiques émergentes, envisage d'y exposer un jour des oeuvres d'art.

Vox inaugurera ses quartiers le 16 mars, acquis au coût de trois millions grâce à diverses subventions publiques. Un étage plus bas, Artexte, seul centre de recherche et de documentation en art visuel contemporain, ouvrira ses portes au public, de même que la librairie Formats, spécialisée elle aussi en art contemporain.

Copropriétaire principal, avec ses 1200 m2 (13 000 pi2), la station de radio CIBL inaugurera pour sa part ses locaux ce soir, acquis au coût de 5,9 millions, dont 4,1 millions versés par divers ordres de gouvernement.

Au rez-de-chaussée, la Vitrine culturelle s'affiche comme le point de mire du nouveau lieu culturel avec son comptoir interactif signé Moment Factory. Le public pourra tout savoir des spectacles à l'affiche à Montréal en jetant un coup d'oeil aux multiples écrans et bandeaux numériques, avec lesquels les usagers pourront interagir depuis leurs téléphones intelligents.

Pour compléter le rez-de-chaussée, le 2-22 accueille le St.Cyr, nouveau restaurant bistro de 90 places baptisé en l'honneur de l'effeuilleuse Lili de son prénom, qui fit les belles heures du Gayety dans les années 1950 en y dévoilant ses charmes.

Projet du Quadrilatère

Par ailleurs, le projet voisin du Quadrilatère, également développé par la SDA, devrait démarrer sous peu, assure Christian Yaccarini qui refuse de dévoiler le nom des partenaires qui y seront associés. Même si la SDA s'est attiré les foudres des défenseurs du patrimoine en raison du démantèlement, annoncé en décembre, des façades historiques voisines du Monument-National, M. Yaccarini promet que celles-ci seront intégrées au futur projet «malgré les surcoûts». «Le projet devrait être achevé en 2015», dit-il.
1 commentaire
  • Frédéric Jeanbart - Abonné 7 février 2012 12 h 32

    Des concours ?

    Extrait : « Les visions d'Andreu, auteur du fameux stade en nid d'oiseau réalisé pour les Jeux olympiques de Pékin, étaient inconciliables avec les exigences de la Ville et la vision des architectes d'ici. »

    Quelles étaient ces "visions" ? Iconcevables avec quoi ou qui ? Car si on parle de "visions", nous savons tous que l'administration actuelle n'est pas très forte, sauf s'il s'agit de visions affairistes et de détours des procédures pour se faire... Langue sale ou réalisme ? À mon humble avis, on devrait faire cela sous forme de concours soumis au choix des contribuables (les technologies le permettent amplement), en présentant des « finalistes » qui pourraient tous se conformer aux cahier des charges (ou en déroger de manière souple et "aménageable" si ça vaut le détour des touristes)...