Travaux d'agrandissement - Quels projets pour le MACM?

Il y a démolir et reconstruire. Le projet d'agrandissement du Musée d'art contemporain de Montréal doterait l'institution d'un étage supplémentaire et d'une nouvelle enveloppe, mais ne prévoit pas sa démolition complète.

L'architecte qui a mené l'étude de faisabilité pour le compte du musée corrige le tir. «On ne rase pas, toute la structure est conservée», a affirmé au Devoir Claude Provencher, un peu déçu de la mauvaise communication qui a émané du musée. «Dans les faits, on démolit 12 % des superficies existantes. Les salles [d'exposition] vont être modifiées dans leur organisation, mais les planchers demeurent», a-t-il précisé, préférant parler de réaménagement des intérieurs et de transformation de la façade.

L'idée de raser complètement un édifice érigé il y a moins de 20 ans faisait frémir. Surtout en temps de fragilité économique. La méprise est peut-être symptomatique du rapport ambivalent qu'entretient le Québec à son architecture, qui ne se donne pas les moyens de ses ambitions. Et qui se fait hara-kiri dès qu'il se les donne.

D'ailleurs, l'architecte ne s'en cache pas: le projet entend réparer une erreur du passé.

«Je veux pas être dur envers mes pairs, mais il faut avouer que ce n'est pas un succès, ça n'a pas apporté beaucoup à la ville», dit-il à propos de l'édifice qu'il qualifie de «fermé», de «difficile» et de «pas généreux». La transformation vise d'ailleurs à ouvrir le musée sur l'extérieur pour contribuer à l'animation de la rue, en plus de le doter de nouveaux espaces pour exposer ses collections.

Erreur et galère


Même son de cloche chez Odile Hénault, critique d'architecture et ex-présidente de l'Ordre des architectes, qui voit aussi dans l'agrandissement l'occasion de «réparer une erreur pour un concours mal fait».

Dans un article paru en 1984, après l'annonce du gagnant du concours d'architecture du MACM en la firme Jodoin Lamarre Pratte et associés, elle soulignait une «difficulté»: le président du jury, Raymond T. Affleck, était également conseiller professionnel de ce jury, en plus d'avoir récemment proposé un projet pour le terrain adjacent au complexe de la Place des Arts. Et une contrainte ridicule: protéger la vue de la colonnade de Wilfrid-Pelletier, depuis l'angle Sainte-Catherine et Jeanne-Mance, d'où la façade du musée construite en retrait de la rue.

Mme Hénault saluait toutefois l'initiative du gouvernement de lancer un «concours d'idées ouvert à tous les architectes québécois». Une approche qui se fait rare et à laquelle elle croit encore aujourd'hui, malgré ses défaillances possibles.

C'est d'ailleurs à Québec que revient la décision de procéder ou non par concours, mais d'abord, de financer ou non le projet d'agrandissement, estimé à 88 millions de dollars. Le gouvernement pourrait aussi opter pour une formule en PPP. L'éventualité ne sourit guère à Claude Provencher, qui y voit une «galère» «sans consultation, sans débat public», «une course à ce qu'on peut faire de plus cheap». Rien pour aider l'expertise locale, selon lui.

À l'étroit dans ses locaux actuels, le MACM n'y expose que 1,5 % de ses collections alors que la norme internationale est de 10 %. Son projet initial d'aménager une annexe dans les silos du Vieux-Port, jugé trop coûteux, est mort avec le départ de son idéateur, l'ex-directeur Marc Mayer.

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