Le transmédia pour expérience

Photo: Source: Ubisoft

Au moment où Ubisoft annonçait sa troisième phase d'expansion au Québec par un investissement de 454 millions, en 2007, le p.-d.g. et cofondateur de l'entreprise, Yves Guillemot, dévoilait ses couleurs: le nouveau studio serait «la première pierre de la convergence entre le jeu vidéo et le cinéma». Or, à l'heure actuelle, en pleine ère de l'interactivité, alors qu'Ubisoft lance un nouveau jeu et une encyclopédie, il est permis de se demander si le jeu vidéo n'est pas sur le point d'acquérir des lettres de noblesse encore plus prestigieuses que celle du 7e art.

Cette forme de création s'inscrit dans les exigences d'interactivité croissante de l'époque et propose une approche «transmédiale» qui utilise toutes les plateformes pour étendre les tentacules de son univers; le jeu vidéo, tel qu'entendu par Ubisoft, prend le pari de la complexification, de l'oeuvre au long cours.

Pour Andréane Meunier, productrice online, rencontrée dans les locaux de l'entreprise à Montréal, ce qui compte de plus en plus, «c'est de penser en fonction de l'expérience, et pas simplement en fonction de la technique, ce qui était beaucoup le cas il y a quelques années».

Louis-Pierre Pharand, producteur transmédia à l'UbiWorkshop, insiste pour sa part sur la richesse narrative de l'univers d'Assassin's Creed. «On sème constamment des graines, dit-il. Il n'est pas exclu que des personnages qui présentement n'ont aucun lien se retrouvent plus tard.»

Alors que le cinéma semblait le média contemporain de masse pour projeter en haute définition les propositions les plus riches, l'avènement des technologies numériques a progressivement changé la donne. On a vu apparaître des séries télévisées aux ambitions inimaginables il y a deux décennies, avec une cinématographie digne des grands chefs-d'oeuvre du 7e art, des scénarios riches qui se complexifiaient sur plusieurs saisons, reléguant déjà les projections sur grand écran au rang de courtes présentations. Le projet Assassin's Creed s'inscrit de toute évidence dans cette mouvance, par cette nouvelle manière d'offrir des expériences de longue durée, qui permettent une immersion de plus en plus sentie.

La constellation de «la foi de l'Assassin» s'est déployée, entre autres, par le biais de bandes dessinées, de romans, de courts métrages — dont le dernier, Embers, qui présente l'épilogue de la vie du personnage d'Ezio —, d'un jeu Facebook, et même de vêtements dissimulant des codes secrets donnant accès à du contenu narratif en ligne exclusif. Et c'est sans compter l'éventuel jeu pour iPad, annoncé pour la fin de l'année. La magnifique encyclopédie qui paraît ces jours-ci permet également d'embrasser l'ampleur de cette fiction en expansion.

Tous les possibles sont donc permis. Et l'entreprise peut se le permettre. Avec des revenus estimés à 1,2 milliard de dollars depuis 2007, Ubisoft trône parmi les entreprises les plus lucratives de l'industrie québécoise du divertissement, aux côtés du Cirque du Soleil.

Pour les initiés, le double lancement de L'encyclopédie d'Assassin's Creed, publiée par Ubisoft Entertainment, un ouvrage de 250 pages détaillant les époques, les personnages et les bâtiments illustrés dans les opus, et de Revelations, le dernier volet de la trilogie des aventures d'Ezio Auditore, ne peut que réjouir. La complexité des scénarios des jeux précédents, l'éblouissante réalisation technique et l'amélioration continue du rendu graphique raffinent de plus en plus l'expérience du joueur.

Il faut plus d'une centaine d'heures de labeur pour parvenir au bout des secrets de la vaste épopée, et l'aventure marque certainement un tournant majeur dans l'horizon des attentes des gamers, attentes qui, en corrélation avec l'ensemble des technologies dont elles dépendent, semblent croître à un rythme exponentiel...

C'est donc peut-être du côté du jeu qu'il faudra se tourner pour découvrir les prochaines mutations culturelles. Celles de l'interactivité améliorée, certes. Mais aussi les transformations de la mise en forme de la fiction.