Choisir la culture

À une centaine de kilomètres de Rennes (notre photo), la Communauté de communes du Pays de Questembert privilégie la culture pour attirer des résidents.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Marcel Mochet À une centaine de kilomètres de Rennes (notre photo), la Communauté de communes du Pays de Questembert privilégie la culture pour attirer des résidents.

À l'heure où le Québec des régions se vide, qu'est-ce qui peut inverser la tendance? Qu'est-ce qui peut amener les jeunes familles à s'établir hors des grands centres? L'emploi, évidemment. Mais ensuite... C'est là que la culture, l'offre culturelle plutôt, peut jouer un rôle primordial.

Questembert — Le phénomène des campagnes qui se vident au profit des villes est loin d'être propre au Québec: depuis le tournant de l'an 2000, on le sait, la population du globe habite majoritairement les grandes zones urbaines, ce qui donne naissance à des mégalopoles par définition ingérables. En Amérique et en Europe, bien sûr, mais aussi en Asie et de plus en plus en Afrique, l'exode vers les grands centres est partout constant.

Chez nous, la tendance amène les jeunes familles, de la Gaspésie jusqu'à l'Abitibi en passant par les Cantons-de-l'Est, à quitter les campagnes. Au gré des pressions économiques et des fermetures au nom de la «rationalisation mondialiste», de grands trous parsèment désormais le territoire québécois, le vidant de sa substance essentielle: ses habitants. Hors des grands centres et des villes moyennes, point de salut! On s'en attriste, tout le monde rouspète, mais il devient chaque jour plus évident que le territoire québécois se vide.

On a connu le même phénomène dans l'arrière-pays breton comme ailleurs. Mais depuis quelques années, la tendance s'inverse: les petits villages voient arriver de nouvelles familles avec de jeunes enfants, et la population grimpe lentement. La Communauté de communes — l'équivalent d'une MRC chez nous — du Pays de Questembert, où Le Devoir assiste à un festival de théâtre destiné aux tout-petits (Festimômes), ne compte encore qu'un peu plus de 20 000 habitants répartis sur 13 communes de petite taille. Mais Questembert a vu sa population presque doubler en une vingtaine d'années. Et la majorité des membres de la Communauté vivent un phénomène similaire. On construit partout! De nouveaux lotissements de maisons apparaissent chaque année. Qu'est-ce qui s'est passé?

Service essentiel

Pour Paul Paboeuf, président de la Communauté et maire de Questembert, cela s'explique d'abord par l'emploi, bien sûr. Mais pas seulement l'emploi local puisque la majorité des communes de la Communauté sont situées à une vingtaine de minutes de Vannes, une ville moyenne offrant des possibilités à toutes les catégories de travailleurs; à moins d'une heure aussi de la grande agglomération de Rennes, la capitale régionale, et à 18 kilomètres de la mer. Outre le fait d'offrir une qualité de vie à faire rêver — l'arrière-pays breton est une suite ininterrompue de petites routes serpentant entre les collines et les villages implantés là depuis le Moyen Âge —, la Communauté de communes de Questembert propose aussi «un éventail d'offres culturelles et sociales», dit avec fierté Paul Paboeuf, qui «pousse» le dossier culturel depuis sa première élection à la mairie en 1995. Questembert consacre un budget annuel d'environ 400 000 euros à la culture et la Communauté de communes dans son ensemble, 500 000 et des poussières.

Questembert, qui frôle les 8000 habitants alors que Coaticook en compte presque 10 000, abrite une Médiathèque à faire fondre de jalousie, un cinéma où le répertoire a une place de choix et une grande salle de spectacles polyvalente, l'Asphodèle, qui peut accueillir presque 400 spectateurs. L'offre culturelle s'enrichit en plus d'un Festival des arts de la rue qui a lieu durant l'été, d'un Salon du livre jeunesse en mai et de Festimômes à l'automne. Ce seul festival de théâtre destiné aux tout-petits dans tout le Morbihan est devenu avec les années, en plus d'être un rendez-vous incontournable pour les enfants comme pour les programmeurs, la signature même de la Communauté de communes du Pays de Questembert. C'est ce que l'on appelle une vision de la vie en commun, un véritable plan de gestion municipale et communale incluant la culture, une denrée particulièrement rare chez nous quand on sort des grands centres.

Si on poursuit la comparaison avec Coaticook et sa MRC, elle devient rapidement très boiteuse. Au Québec, il faut drôlement secouer les élus régionaux pour qu'ils acceptent d'investir dans la culture... et encore plus dans les enfants! On trouve bien quelques bibliothèques municipales et des activités de loisir, parfois un rare centre culturel où tournent des spectacles faits sur mesure pour remplir la salle, mais ça s'arrête habituellement là. Disons poliment que la création n'a pas la cote. Bref, quand on vit dans la MRC de Coaticook — qu'on habite, par exemple, Saint-Venant-de-Paquette et qu'il faut mettre deux heures de route seulement pour aller et revenir de Sherbrooke où il y a un minimum de vie culturelle —, les enfants comme les parents sont confinés à la télé et au cinéma maison.

En parlant avec les jeunes familles ici à la sortie des spectacles de Festimômes, on se rend rapidement compte à quel point le festival est devenu un ancrage pour les parents; il fait partie des raisons qui amènent les gens à rester ici. Ce n'est pas la première motivation qui les incite à s'établir; ici comme ailleurs, c'est l'emploi bien sûr qui détermine le choix. Viennent ensuite le prix du logement, abordable dans la région pour les jeunes ménages, comme chez nous dans la plupart des MRC, et la présence de services, lesquels représentent pareillement une partie importante de l'économie. À Questembert comme à Coaticook, on trouve évidemment les mêmes services essentiels, sauf qu'en Bretagne la culture en fait partie, ce qui est encore loin d'être le cas au Québec.

Quand un nouvel emploi amène un jeune couple, avec des enfants ou non, à choisir de s'installer en région, dans la campagne plutôt qu'à la ville — une possibilité que proposent évidemment toutes les régions du Québec —, en espérant y trouver une plus grande qualité de vie, l'offre culturelle devient rapidement un critère important. C'est du moins ce qu'affirme avec conviction Boris Lemaire, rencontré avec sa petite famille à Larré à la sortie du spectacle Pedra a Pedra.

Originaire d'Épernay en Champagne, il est venu ici occuper un poste dans l'usine d'un grand groupe industriel dans la commune de La Gacilly. Lui et sa femme, Anne, travaillent à une trentaine de kilomètres de Questembert, où ils ont acheté leur première maison à trois kilomètres des vieilles halles du centre-ville. Anne travaille à Vannes, où ils auraient pu choisir de s'installer aussi, mais la beauté de la campagne et leurs convictions — Boris milite à l'Association pour le maintien de l'agriculture paysanne — leur ont fait choisir Questembert. Il y a déjà quatre ans qu'ils sont là, et Festimômes comme l'offre culturelle globale qu'ils trouvent dans la Communauté les confortent dans leur choix. D'autant plus que leurs trois enfants peuvent faire ici tout leur parcours scolaire de 2 à 18 ans, de la maternelle au lycée.

Vu de Saint-Venant-de-Paquette, un petit village de la MRC de Coaticook, cela paraît relever du conte de fées! On pourrait mettre fin aux heures perdues devant la télé à regarder les mêmes films ou à jouer les mêmes jeux sur l'ordinateur familial? Aux classes mixtes pour les petits de la 2e à la 4e année, même aux voyages sans fin en autobus jaune dans les rangs enneigés! Les rares solutions heureuses que l'on a trouvées jusqu'ici chez nous, du village de Saint-Camille à l'école internationale de cette petite communauté dynamique près de Granby, impliquent une vision, une volonté commune dans laquelle la culture et les enfants sont les principaux moteurs du développement.

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Notre journaliste est à Questembert à l'invitation de Festimômes
3 commentaires
  • Catherine Quirion - Inscrite 16 novembre 2011 11 h 22

    Coaticook et la culture

    Un résident de Coaticook qui manque de stimuli culturels cherche bien mal...

    Pavillon des arts de la culture de Coaticook, Table de concertation culturelle de la MRC de Coaticook, Musée Beaulne, Les Sentiers poétiques, la Maison de l'Arbre et l'Église-musée de St-Venant-de-Paquette, les Comptonales, le Lieu historique Louis-S.-St-Laurent, la Voie des pionniers, les Ateliers d'Hélios, les Circuits photos, Bibliothèque Françoise-Maurice, la Société d'histoire, la chorale La clef des chants, les Scèneux du Pavillon, Créations Rosy, etc. J'en passe tellement.
    http://www.arts-ville.org/inventaires-culturels/pr

    J'ai le sentiment que notre MRC investit dans la culture. Peut-elle en faire plus? Certainement. Comme tout le monde. Nous illustrer en contre-exemple de l'effort de développement culturel? M. Bélair, c'est insultant.

  • RDrolet - Inscrit 17 novembre 2011 16 h 42

    Coaticook élus cultivés

    M. Bélair, étant moi-même conseiller municipal depuis six ans, je peux vous affirmer que la culture à Coaticook et dans notre MRC se porte très bien. Je ne peux pas parler pour les autres municipalités mais à Coaticook les élus sont très sensibles au culturel et financent adéquatement je crois dans la mesure de nos moyens ses organismes culturels. J'ai siégé pendant quelques années au Pavillon des Arts et de la Culture et au Musée Beaulne, délégué par le conseil de ville.

    Je comprends votre idée de comparer le Québec et l'Europe mais vous avez très mal choisi votre MRC québécoise pour faire votre comparaison. Vous semblez très mal connaître l'offre culturel de votre MRC d'adoption. Il me fera plaisir de vous la faire découvrir 'a votre retour au pays.

    Raynald Drolet
    Conseiller
    Ville de Coaticook

  • Marianne Dandurand - Inscrite 18 novembre 2011 00 h 43

    Découvrir son environnement

    Monsieur Bélair,

    À l'instar des autres intervenants, je vous invite à quitter le doux confort de votre foyer et à découvrir ce que votre MRC peut vous offrir. Je ne suis pas de Coaticook, or, j'ai l'impression d'avoir découvert un bijou sur lequel vous n'avez pas encore ouvert les yeux.

    Saint-Venant-de-Paquette est régulièrement cité en exemple pour l'originalité de son offre culturelle, j'éviterai de vous parler de Richard Séguin et de ses projets que j'espère vous connaissez.

    La Table de concertation culturelle de la MRC de Coaticook a un dynamisme à faire pâlir d'envie des MRC beaucoup plus populeuses. On vous fait l'énumération plus haut de plusieurs attraits culturels.

    Le Pavillon des arts permet de découvrir des artistes que nous ne voyons pas passer ailleurs dans les Cantons-de-l'Est, et rappelez-vous que Sherbrooke et Magog sont des villes où plusieurs viennent roder leurs spectacles avant leur "première" montréalaise.

    Au cours des six prochains weekends, des marchés de Noël se dérouleront dans différentes municipalités de la MRC.

    N'oubliez pas que la région est principalement agrotouristique. J'espère que vous faites vos provisions chez les innombrables producteurs locaux, dont les produits s'envolent au Marché Jean Talon. Vous pourriez parler des Comptonales comme vous parlez du Festimômes. Et ce qui est louable, c'est que ces succès sont possibles grâce à l'implication des gens du milieu et leur collaboration au succès des autres.

    Pensez aussi que vous vivez dans une région de plein air. Quelques magnifiques montagnes à grimper, deux positions au top-10 des endroits pour le vélo de montagne au Québec, des routes pittoresques pour le vélo de route... Tout ça soutenu par les villes, la MRC et les membres de la communauté.

    Est-ce qu'il est possible de faire mieux? Oui. Cessez d'attendre que la culture arrive à votre porte, amenée par les élus. Mettez la main à la pâte, et vivez les atours de votre très