Musée des religions du monde de Nicolet - Une sacrée spécificité québécoise

Les visiteurs pourront admirer les objets du culte chrétien. <br />
Photo: Musée des religions du monde Les visiteurs pourront admirer les objets du culte chrétien.

En Nouvelle-France, au milieu du XIXe siècle, une personne qui blasphémait une première fois payait une amende. Elle pouvait aller en prison si elle le faisait une deuxième fois. Les multirécidivistes, quant à eux, pouvaient subir un châtiment corporel pouvant aller, dans la France du Moyen Âge, jusqu'à se faire couper la langue ou la lèvre inférieure. En France, on n'excluait pas non plus la pendaison ou le bannissement.

C'est un peu pour expliquer aux jeunes à quoi font référence nos célèbres jurons, d'«ostie de tabarnak» à «ciboère» ou «câlice», que le Musée des religions du monde de Nicolet a organisé l'exposition Tabarnak, l'expo qui jure, à l'affiche jusqu'en septembre 2012.

Ainsi, un garçon qui la visitait s'est dit tout déçu de constater que le calice n'était qu'un objet banal. «Il pensait peut-être que c'était un objet qui jetait des flammes», dit Olivier Bauer, professeur à la Faculté de théologie et des sciences des religions de l'Université de Montréal, qui lançait récemment L'hostie, une passion québécoise, publié chez Liber. Le livre retrace l'histoire de la célèbre rondelle de froment au Québec, de la Nouvelle-France jusqu'à nous.

Mais ce serait dans les années 1900 que le sacre s'est répandu dans la société québécoise, avec le passage des ouvriers de la campagne aux usines de la ville, explique le catalogue de l'exposition.

Sur les rives de la rivière Saint-Maurice, un lieu s'appelle toujours la Pointe-aux-Baptêmes, en mémoire des draveurs et autres voyageurs qui ont beaucoup sacré pour la contourner.

Selon Olivier Bauer, originaire de la Suisse et arrivé au Québec il y a quelques années, les peuples ont tendance à jurer avec ce qui leur fait peur. «Les Anglo-Saxons jurent avec le sexe, les Québécois jurent avec l'Église et les Allemands jurent avec les mots liés aux toilettes», dit-il.

Étonnant, cependant, que, 50 ans après la Révolution tranquille et après que l'Église eut perdu sa mainmise sur la société québécoise, le sacre demeure aussi répandu par ici. Selon les organisateurs de l'exposition à Nicolet, les «esprit», «sacrament» et «baptême» sont cependant de moins en moins utilisés par les jeunes Québécois. Finis aussi les dérivés des sacres, comme «ostin», «crystal» et autres «tabaslak». Par contre, les «ostie», «criss», «calvaire», «câlice» et «tabarnak» perdurent, même chez les plus jeunes.

En 1980, un sondage effectué dans la population désignait «ostie» comme étant le sacre le plus populaire parmi les hommes et les femmes québécois. Seules les femmes plus âgées lui préféraient «câlice».

Reste qu'Olivier Bauer, comme Jean-François Royal, directeur du Musée des religions du monde, s'inquiète de l'avenir des sacres.

«Le sacre fait partie intégrante de l'identité québécoise, c'est à travers elle qu'il survit. Leur expressivité affaiblie, ces sacres deviendront à leur tour, comme "torrieu" l'a été, des mots archaïques, folkloriques», lit-on dans le catalogue de l'exposition.

Pour Olivier Bauer, la mondialisation a son impact sur les sacres québécois comme sur le reste. «Je ne suis pas sûr que ces spécificités québécoises vont rester», dit-il. Pour perdurer dans l'histoire, le sacre québécois devrait, croit-il, s'amalgamer à d'autres jurons plus répandus sur la planète. «On pourrait dire "taberfuck", par exemple.» Une suggestion comme une autre.