Un autre cas de censure?

La photographie d’Angelo Barsetti retravaillée par la graphiste Louise Marois est plutôt inoffensive. Elle offre des lectures multiples, surtout sociales et historiques.<br />
Photo: Théâtre Sibyllines La photographie d’Angelo Barsetti retravaillée par la graphiste Louise Marois est plutôt inoffensive. Elle offre des lectures multiples, surtout sociales et historiques.

Impression de déjà-vu. L'opéra de quat'sous de Bertolt Brecht, mis en scène par Brigitte Haentjens, ne sera pas annoncé dans le métro. L'affiche — conçue mais non encore imprimée — a essuyé le refus de Métromédia Plus (MMP), qui gère la publicité pour la Société de transport de Montréal (STM).

L'affaire survient trois ans après la censure de l'affiche de la pièce Blasté présentée par la même compagnie, Théâtre Sibyllines.

Motif invoqué: la tenue légère des deux femmes sur la photo qui sert de trame de fond à l'affiche d'Angelo Barsetti, remaniée par la graphiste Louise Marois. Trop sexy, les dessous — au demeurant très habillés — inspirés des années 1930? Ou est-ce la cigarette que brandit l'une des protagonistes? Ou le verre d'alcool que tient l'autre?

«Le motif principalement invoqué, c'est le fait qu'il y avait un sous-vêtement sur l'affiche, rapporte Jean-Sébastien Rousseau, responsable des communications pour Sibyllines. J'imagine qu'avec la cigarette et l'alcool, ça fait un cocktail... Molotov. On trouve ça dommage, mais on n'a pas envie d'ouvrir le débat, on l'avait déjà fait avec Blasté. On va aller ailleurs tout simplement.»

En 2008, le couperet de la censure tombait sur la campagne publicitaire de la pièce Blasté, aussi portée par Sibyllines. L'affiche montrant Roy Dupuis ensanglanté était alors jugée trop violente par la STM. La compagnie théâtrale avait déjà engagé ses frais et fait imprimer ses affiches. Cette fois-ci, la troupe a soumis la maquette de l'affiche en tout début de processus. Invitée à proposer une autre photo, la troupe a préféré ne pas «multiplier les visuels» pour sa campagne publicitaire.

«Rien d'offensant, de sexuel ne passe dans le métro», indique une chargée de compte chez Métromédia Plus qui désir conserver l'anonymat. Elle dit refuser les visuels «aussitôt que c'est vulgaire ou qu'on voit de la nudité». «Chaque fois qu'une grand-mère pourrait être choquée, je sais que ça ne passera pas.» La vice-présidente ventes et marketing chez MMP n'a pas retourné l'appel du Devoir.

De l'art


La photographie d'Angelo Barsetti retravaillée par la graphiste Louise Marois est plutôt inoffensive. Elle offre des lectures multiples, surtout sociales et historiques. De l'art, quoi. Rien de très vulgaire là-dedans. À part peut-être une petite perversion latente dans les regards, qui déshabillent surtout l'observateur.

Robert Gagné, le directeur administratif de Sibyllines, a accueilli le verdict avec «un mélange d'incrédulité et de fatalisme». «On trouve ça extrêmement dommage parce que l'affiche elle-même est une oeuvre en soi. Et L'opéra de quat'sous est un événement important, c'est une grosse production pour nous. Et il y a des choses, il me semble, affichées dans le métro, qui sont de goût, disons, autrement douteux.»

La légèreté des tenues est bien relative à une époque où les corps s'exhibent pour vendre du parfum, de la bière ou même des souliers. Mais quand il s'agit de susciter le débat social comme on peut le faire au théâtre...

À l'Usine C en janvier prochain, L'opéra de quat'sous de Brecht est une comédie musicale traitant de pouvoir, de moeurs légères et de corruption. L'action des bas-fonds londoniens est transposée par Haentjens et l'auteur Jean-Marc Dalpé dans le Montréal de 1939, et la comédie satirique risque d'y devenir incisive.
37 commentaires
  • Denis Hébert - Inscrit 12 octobre 2011 01 h 34

    Tant qu'à ça...

    que la STM interdisent toutes les pubs de sous-vêtements et même de vêtements, en particulier celles des jeans de Joshua Perets qui exhibe de la chaire féminine à plein mur présentement à Berri-UQAM.

    Ça c'est dégradant !!!!

    Ça me dégoûte de prendre le métro...

  • robthebuilder - Inscrit 12 octobre 2011 06 h 40

    Quest-ce qui est le plus obscène?

    Qu'est-ce qui est le plus obscène? Transporter des passagers debout et tassés comme des sardines dans des wagons et des stations malpropres dont la chaleur est suffoquante? Ou une affiche dont je me triture les méninges pour y trouver quelque chose d'obscène. On se croirait en 1967 lorsque les fins limiers de l'Escouade de la Moralité avaient fait une descente à la Place des Arts parce que les danseuses avaient les seins nus. On voit pire en jetant un coup d'œil sur la tenue vestimentaire de certaines passagères.

    La mousse roule dans les escaliers de la station Honoré-Beaugrand et des tests ont révélé que la température dans le métro frise les 40 degrés.
    Pendant ce temps le brillant Michel Labrecque règle les problèmes du transport en commun en posant des «racks à bécycle» sur les autobus. Quel trait de génie!!! S'il ne veut pas voir de débordements de chair féminine, qu'il règle le problème d'aération dans le métro. Vivement quelqu'un d'intelligent à la tête de la STM.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 12 octobre 2011 07 h 01

    La solution

    La solution était pourtant simple: une photo de Tony Tommassi.

    Pierre Desrosiers
    Val David

  • Pierre Schneider - Abonné 12 octobre 2011 07 h 09

    Hérésie

    Entourée des débordements de l'hyper sexualisation que l'on retrouve à tous les coins de rue et à la télé, il me semble incroyable que cette affiche-oeuvre d'art soit censurée à Montréal en 2011....alors que nous sommes immergés dans un univers frisant quotidiennement la porno.
    Offensant et sexuel, affirme un porte-parole bien sûr drapé dans son ridicule anonymat.
    On se croirait dans les années 50. D'ailleurs, il me semble que dans bien des domaines, le Québec ne cesse de régresser au lieu de fièrement aller de l'avant comme ce fut le cas lors des mouvements de libération d'un autre siècle...
    Mais quelle connerie !

  • Fabien Nadeau - Abonné 12 octobre 2011 07 h 11

    Prochain pas

    J'adore le critère de censure: il ne faut pas choquer grand-mère. Sauf que les grands-mères, maintenant, elles sont des baby-boomers et ont dépassé la mentalié des années 50.

    Le prochain pas, évidemment, serait d'avoir une police des moeurs qui surveille jupes courtes, décolletés, et bedaines poilues sur jeans serrés.

    Dans quel beau monde ces zélés de la censure nous embarquent?