Exposition de Claude Lafortune au Musée des religions du monde - Les trésors en papier du manitou des ciseaux

Une Jeanne d’Arc de papier, rousse et triomphante, sur son cheval de combat.<br />
Photo: Photos Alain Coulombe et le Musée des religions du monde Une Jeanne d’Arc de papier, rousse et triomphante, sur son cheval de combat.

Le Musée des religions du monde de Nicolet présente les œuvres plus ou moins éphémères de celui qui fait voir des «parcelles de soleil» à bien des tout-petits devenus grands, Claude Lafortune.

À l'entrée de la salle présentant l'exposition Colle, papier, ciseaux, on trouve dans une cloche de verre accrochée au mur une paire de ciseaux. Magnifiques, incrustés de motifs rouge et jaune. Une dame s'arrête devant avec sa fillette et lui dit: «Tu vois, c'est avec ces ciseaux qu'il a fait tout ça!», puis se tourne vers la salle qui révèle quelques oeuvres marquantes de Claude Lafortune, celles qui ont su résister au temps. Mais surtout une vingtaine de personnages qu'on n'avait jamais vus dans la ménagerie — il faut le dire, un peu biblique — de monsieur Lafortune. C'est la faute à L'Évangile en papier, une émission dont bien des enfants des années 70 se souviennent et qui n'a pourtant duré qu'un an. De son propre aveu, ce projet, qu'il a réalisé avec son amie Henriette Major, «a marqué toute sa carrière» et lui a donné le goût de continuer de «vivre de [ses] petits papiers».

Et il y en a eu, des petits papiers, à la télé: La Bible en papier, L'Église en papier et L'Histoire en papier, sans oublier Parcelles de soleil, où l'animateur maniait habilement ses ciseaux pour le plus grand plaisir de ses jeunes invités. De toute cette production télévisuelle, l'exposition nous donne à voir seulement quelques pièces qui ont résisté à l'assaut du temps, dont son Jésus de L'Évangile, un peu poussiéreux (il a tout de même plus de 33 ans!), un Abraham tout en barbe, une sobre Marie-Antoinette en papier marron. Finement découpées, pliées et collées, ces créations sont étonnamment petites à côté des plus récentes, exposées à hauteur d'homme et dont plusieurs sont presque de la grandeur des petits visiteurs qui viennent découvrir un artiste qui a marqué leurs parents.

Il faut d'ailleurs s'attarder un moment dans un coin de la salle où sont projetés quelques épisodes des fameuses émissions: on a eu la bonne idée d'exposer des lettres de jeunes et moins jeunes téléspectateurs témoignant de l'influence qu'a eue Claude Lafortune sur leur vie. Le maître ès ciseaux avoue qu'il se fait encore aborder dans la rue par des gens qui le remercient «d'avoir bercé leur enfance».

Inspirantes parures

Parmi les artefacts de cette carrière bien remplie — albums, affiches, photos et maquettes, dont celles des tableaux qu'il avait montés pour le défilé de la Fête nationale de 1981—, une estrade met en valeur la cuvée nouvelle de l'artiste, qui comprend certaines oeuvres créées expressément pour cette exposition, donc plusieurs personnages importants de l'histoire des religions, tels que Luther, Calvin, François d'Assise, Jean XXIII et... Ganesh.

Les autres sculptures éphémères représentent également d'illustres personnes, choisies d'abord pour l'attrait de leurs atours. «J'aurais pu faire Charles de Gaulle ou René Lévesque, mais leur "costume" ne m'inspire pas beaucoup en ce moment», de dire M. Lafortune. Voilà qui explique la présence d'un flamboyant Louis XIV, d'une Cléopâtre somptueuse, d'un Leonard de Vinci à l'imposante tignasse et d'une Jeanne d'Arc rousse et triomphante sur son cheval de combat. Malgré la ressemblance évidente de ces oeuvres avec les personnes qu'elles représentent, l'as des ciseaux précise qu'il ne cherche pas à en faire des portraits exacts, mais plutôt à exprimer sa façon de les percevoir, «comme une forme d'expressionnisme et d'impressionnisme pour le public qui le reçoit».

Le public, grand et petit, présent lors de la visite du Devoir, semblait plutôt impressionné par ces créations tout en détails et en textures, des monuments qui semblent impossibles à reproduire avec du papier. Des visages finement dessinés, des coiffures tout aussi soignées. Même les socles de certains personnages sont inattendus, comme les pieds en racines d'arbre de Pontiac et le rat de compagnie de Ganesh.

Un matériau simple et accessible

Pourquoi le papier? Claude Lafortune s'est déjà mis au plexiglas, mais sa matière favorite reste le papier: «Vous pouvez le modeler, jouer avec, lui donner la forme que vous voulez en peu de temps. [...] Je suis tombé amoureux de ce matériau qui répondait vraiment à ce que j'étais, à ce que j'avais le goût de faire, et puis, il y avait un côté pédagogique...»

Ce dernier aspect, Claude Lafortune l'a mis en pratique en donnant des centaines d'ateliers dans les écoles de la province. À 75 ans, il ne se prête plus à cet exercice, mais il a fait une exception pour cette exposition. Il réitérera même l'expérience le 17 septembre prochain, dans un atelier pour adultes qui ont toujours leur coeur d'enfant. «Ils sont fiers parce qu'ils viennent en se disant: "Je ne suis pas capable de faire ça." Ce sont les premiers étonnés de voir le résultat.» Qui sait, ils pourront peut-être égaler le maître et perpétuer à leur tour la passion pour les «petits papiers»...