Exposition - Tout autour des Ballets russes

Costume de Sylphide, conçu par Alexandre Benois (1870-1960), porté par Lydia Lopokova, vers 1916. Soie, coton et tarlatane, armature métallique pour les ailes. (V&A: S.874, 1980)<br />
Photo: MNBAQ Costume de Sylphide, conçu par Alexandre Benois (1870-1960), porté par Lydia Lopokova, vers 1916. Soie, coton et tarlatane, armature métallique pour les ailes. (V&A: S.874, 1980)

Ne restent que quelques jours pour voir, d'ici septembre et ses vents d'automne, l'exposition Les Ballets russes de Diaghilev. Quand l'art danse avec la musique au Musée national des beaux-arts du Québec. La danse au musée? C'est la collaboration entre les arts, plutôt, que prônait tant l'impresario Serge Diaghilev, qui est à l'honneur dans les trois salles dédiées à cet âge d'or créatif.

Les Ballets russes, cette troupe du début du XXe siècle menée de main de fer par l'impresario Serge Diaghilev, qui révolutionna la danse et l'idée du ballet intégral, est un sujet piège tant il est riche. Impossible d'en comprendre la profondeur en restant succinct.

Au centre, le flair de Diaghilev pour dénicher les créateurs qui feront histoire. Ont brillé aux Ballets russes, à la danse, Pavlova, Nijinski, Nijinska, Lifar, Massine, Karsavina, Balanchine. Entre autres. Pour ces pas virtuoses, rien de moins que la musique des Stravinsky, Satie, Debussy, Ravel, Profkofiev. Aux costumes et décors, Picasso, Bakst, Gabrielle future Coco Chanel, Matisse. Au-delà d'une liste de talents — auquel il faudrait ajouter l'incontournable pédagogue Enrico Cecchetti, professeur de la troupe — se trouvaient une audace, une idée élargie de programmation qui portaient Diaghilev à présenter autant Le Sacre du printemps — scandale!, retiré après huit représentations, tant la chorégraphie païenne de Nijinsky et ses pieds en-dedans, ses piétinements, son sacrifice brutal de l'élue, la musique étonnante et détonante pour l'époque de Stravinsky, ont choqué! — qu'une énième reprise de La Sylphide.

Les cancans nourrissent aussi la légende des Ballets russes. Nijinska, la soeur de Nijinsky, excellente chorégraphe et réputée forte danseuse, complètement écrasée par le talent de son frère, par exemple. Ou les premiers danseurs de Diaghilev si souvent devenant ses chéris. Ou l'immense talent, précédant sa folie, de Nijinsky, qui suffirait à nourrir une exposition entière.

Arts connexes

Le musée, lui, a choisi, en reprenant l'expo du Victoria and Albert Museum de Londres, de miser sur les arts connexes utilisés aux Ballets russes. L'enrobage, donc, l'alentour. On a fait le choix d'alléger le propos, et la visite s'en trouve toute légère, fluide, les notes explicatives donnant le minimum d'information. Une circulation surlignée par l'audioguide — si vous avez la chance d'en avoir un qui fonctionne, dans notre petit groupe de trois visiteurs, trois ont lâché en cours d'expo... — qui ne propose, une bonne idée, que des extraits de la musique des chorégraphies.

Comme artefacts, essentiellement des costumes. Plusieurs photographies et lithographies des danseurs donnent une idée arrêtée du mouvement. Ici, un buste; là, la maquette d'un décor. Quelques bibelots et poupées de bois témoignent du succès populaire que connut la troupe.

Mais il faut attendre la troisième et dernière salle pour que la danse, pourtant centre des Ballets russes, trouve une petite place. Trois écrans diffusent des reprises du Sacre du printemps, de L'Oiseau de feu et du Train bleu. Pour qui n'est pas familiarisé avec le tentaculaire Diaghilev et l'histoire gigogne des Ballets russes, l'expo ne laisse capter ni la magie, ni l'importance artistique de la troupe. Seul le documentaire vidéo, présenté aux deux tiers du parcours, permet de comprendre l'impact d'une pièce comme le Sacre du printemps sur la naissance de la danse moderne.

Demeure donc une impression de rendez-vous manqué. À trop élaguer pour alléger, l'exposition s'est déracinée, la danse s'en trouve négligée, la perspective historique aussi. Reste le magnifique catalogue homonyme, sous la direction de Jane Pritchard (éditions Mondelle Hayot), riche et beaucoup plus complet, qui permet, lui, de saisir le choc esthétique que les Ballets russes ont porté au monde des arts. Mais un catalogue ne devrait-il pas être un complément de l'exposition, plutôt que l'essentiel du sujet? Pour les curieux, on lira, pour compléter le portrait, le très beau Les Ballets russes à l'Opéra (Hazan/Bibliothèque Nationale - 1992).