Prix jeunesse du Festival Présence autochtone - Réal Junior Leblanc, le poète d'Uashat

Le poète et cinéaste innu Réal Junior Leblanc
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le poète et cinéaste innu Réal Junior Leblanc

Hier, le 21e Festival Présence autochtone décernait son Prix Jeunesse Mainfilm à une œuvre de poésie et de grâce: Nanameshkueu (Tremblement de terre) de Réal Junior Leblanc, produite par le studio Wapikoni mobile. En cet été où l'organisme qui aide les jeunes autochtones à créer leurs propres vidéos voit sa subvention fédérale amputée de moitié, ce court métrage vraiment exceptionnel démontre toute l'ineptie du couperet conservateur.

Réal Junior Leblanc est un poète innu d'Uashat, sur la Côte-Nord. Dans Tremblement de terre, il lit un de ses poèmes, auquel il a greffé des images sur écrans doubles, en écho onirique. Les visages de ses grands-parents, de ses enfants, l'écorce des arbres, la Lune, les vagues, les conifères à travers des jeux de superpositions colorées, des flous artistiques semblent refléter l'âme du narrateur.

«Depuis la nuit des temps, je contemple la Lune, entend-on. Je lui ai chanté bien des chansons/J'ai toujours été seul, oublié de Dieu./La Lune connaît ma haine, les montagnes sont imprégnées de mes larmes.» Et, plus loin: «Je suis celui qui ravivera la flamme de mon peuple.»

Pour Tremblement de terre (son tout premier court métrage), il a choisi d'abord un poème dont il était fier, cherché les photos qui pouvaient l'illustrer, en plus de parcourir la région en captant des images de l'eau, des rivières qui s'entrecroisent sur l'écran. «La poésie, c'est une façon d'être immortel et de prouver à mes enfants que je suis fier d'être autochtone.»

Le cinéaste s'avoue ravi de voir son film emprunter la route des festivals. «En montrant des oeuvres comme ça, on allume des étincelles qui font les feux de forêt, on fait rayonner sa communauté, dit-il au Devoir. Comment les gens peuvent-ils se dire fiers d'être québécois, sans connaître leur voisin? J'affronte leur monde. Qu'ils affrontent le mien. Mon peuple peut enseigner l'entraide, montrer comment briser l'individualisme.»

Âgé de 28 ans, il évoque une adolescence difficile. «J'étais un petit voyou, mais mes parents m'ont encouragé à écrire ma rage plutôt qu'à me battre, et j'ai gagné un concours de poèmes.» En 2006, il recevait une bourse de résidence d'écrivain autochtone à Banff. Depuis, il compose des poè-mes, en publie certains dans des magazines, et en crée à la demande des familles, qui sont lus aux funérailles de ses amis qui se suicident.

Mais il n'écrit pas en montagnais, estimant que sa langue maternelle manque de termes abstraits. «Je veux modeler les mots, les rendre en vie», dit-il, précisant ne pas lire la poésie des autres pour ne chercher l'inspiration qu'en lui.

Il a connu Wapikoni par le chanteur Samian. «On m'a demandé d'être coordinateur du projet pour ma communauté d'Uashat, et je suis tombé amoureux de Wapikoni. Sentir un de mes poèmes vivre à l'écran fut une expérience extraordinaire. Désormais, quand j'écris, je vois des images dans ma tête.»

Pour Réal Junior Leblanc, les compressions qui affectent Wapikoni sont une nouvelle occasion de couper la parole aux autochtones. Une de plus. «Les jeunes ont tellement besoin de s'exprimer. Certains se seraient sans doute suicidés sans Wapikoni. Pour la première fois, avec leurs films, ils se sont sentis vivants.»

Lui-même se voit propulsé. «Je vais faire deux autres courts métrages avec Wapikoni, car Uashat/Maliothenam est une des seules escales qui n'est pas coupée cette année. Mais je veux aussi créer une maison de production permanente de vidéos et de vidéoclips dans ma communauté.» Il est également en pourparlers avec un éditeur innu pour publier ses poèmes.

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Deux autres courts métrages de Wapikoni ont été primés hier à Présence autochtone: Nodin, de Nodin Wawatie, a remporté le prix de la relève Télé-Québec et Déboires, de Delia Gunn, celui du meilleur film d'animation.

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