Cabaret Coup de gueule à Zoofest - Rire avec les dents

Mercredi, c'était soir de première médiatique pour le Cabaret Coup de gueule, une créature scénique pilotée par le comédien et comique Louis T. — oui, c'est son nom — dans le cadre du festival Zoofest. Et bien sûr, la proposition artistique, placée sous le signe de l'humour dit engagé, ne pouvait pas s'amorcer autrement: «Bonsoir amis journalistes, a lancé le maître de cérémonie en scrutant la foule. Ouais, ce soir, il y a plus de journalistes ici qu'au Journal de Montréal.» Bing! Bang! Le chat n'est pas resté longtemps dans le sac.

Faire sortir le rire avec les dents, c'est la mission que s'est donnée ce Louis T., une autre bibitte fraîchement sortie de l'École nationale de l'humour. Et c'est aussi ce qu'il a exposé, pendant une heure, dans la minuscule salle baptisée la Balustrade du Monument-National à Montréal et avec l'aide de quelques amis à qui le responsable du Cabaret n'avait imposé qu'une limite: dire, dénoncer, malmener le présent, oui, mais à la seule condition de penser ce que l'on dit.

Lui-même ne s'est d'ailleurs pas gêné en ouvrant les hostilités verbales en revenant sur la tuerie en Norvège, où il existe un registre des armes à feu, et la récupération sordide qu'en a faite le lobby pro-armes aux États-Unis et au Canada. «Selon eux, c'est la preuve que le registre ne fonctionne pas et que tout le monde devrait avoir une arme pour empêcher ce genre de drame, a-t-il dit. En fait, c'est plutôt d'un registre des imbéciles dont on aurait besoin... dans lequel on pourrait inscrire les propriétaires d'armes à feu.»

Du conservatisme à la religion, en passant par le manque de femmes en politique, la corruption, le pont Champlain, les régions, les scandales dans la construction, l'image désolante du prince charmant que donne William «avec sa calvitie et ses dents en avant»... les cibles ont été nombreuses et variées pour Louis T. et son équipe, composée, ce soir-là, de Sébastien Ouellet, Mathieu Cyr, Kim Lizotte, Étienne Dano et Olivier Martineau. La liste des invités autour de monsieur T. change de soir en soir.

La formule ratatouille vient forcément avec ses hauts et des bas. Et la représentation de mercredi n'a pas évité la chose en offrant des morceaux d'humour engagé plus consistants que d'autres et en abusant parfois, mais pas trop, de blagues faciles et éculées sur Jean Charest, sur le voile des musulmanes, sur l'existence de Dieu, sur les habitants des régions. Entre autres.

Des écueils minimes toutefois dans un ensemble au final plus proche de l'univers des Zapartistes (première mouture, s'entend) que de celui du faussement réactionnaire Guy Nantel, et dont la maturité n'est pas très difficile à envisager.