Festival Juste pour rire - De l'humour comme de la peinture à numéros

Il faut se faire à l'idée: avec l'humoriste français Arthur, il y a toujours une évidence.

Prenons-en une au hasard: pour arriver là où il se trouve aujourd'hui, le producteur, enfant gâté de la télé, ex-pourvoyeur de la télé-réalité en France et désormais comique de stand-up, ne s'est pas contenté de bien s'entourer. Il a aussi appris à maîtriser toutes les composantes des succès populaires, pour en comprendre la recette qu'il applique désormais avec précision et mécanique dans ses spectacles, comme d'autres font de la peinture à numéros.

L'étalage du talent a été éloquent mercredi soir à Montréal, où le clown a présenté sa dernière création intitulée Arthur en tournée. Ça s'est passé sur les planches du théâtre Jean-Duceppe, où, dans le cadre du festival Juste pour rire, Arthur a surpris, non pas tant pour la pertinence, l'originalité ou l'audace de son humour, mais par l'efficacité avec laquelle il est désormais capable d'en faire un produit générique de consommation de masse, joli, mais sans grande substance.

La mise en scène, signée Josée Fortier, y est certainement pour beaucoup. Elle magnifie aussi le «beau gosse», idole des matantes, qui pendant près d'une heure et demie se promène sur scène l'air faussement décontracté pour répandre des blagues vachement consensuelles puisant dans les bassins faciles de l'humour récurrent: on y parle des relations entre hommes et femmes qui changent après le mariage, du partage de l'espace dans un lit à deux places, des personnes âgées qui découvrent la technologie. On y évoque ses parents, ses enfants, son divorce, son enfance, de manière localisée, calculée et surtout soutenue par des musiques et des éclairages à propos, pour disséminer le pathos dans la salle, comme une odeur de cannelle au final d'une balade dans un magasin IKEA.

Dans cet environnement, contenant des blagues éculées dont quelques-unes avaient été d'ailleurs servies lors du passage d'Arthur en 2008, l'humoriste se retrouve comme un poisson dans l'eau, assuré dans sa démarche par des numéros à l'écriture précise, aux punchs affûtés par des spécialistes de la chose, mais dont l'identité trop banale peine à donner à Arthur la grandeur comique dont il rêve.

Tout au plus, l'homme surprend en donnant désormais une plus grande authenticité à ses improvisions avec le public, «improvisations» relatives reproduites plus ou moins de la même façon chaque soir par cet humoriste qui finit malgré tout par être très drôle. Pas toutefois par ses prestations sur scène, mais plutôt par l'acharnement avec lequel il cherche depuis cinq ou six ans à se faire une place au pays des vrais comiques.