Stéphane Rousseau à Juste pour rire - En direct et en dérision sur sa vie

L'artiste multidimensionnel dessine et il le prouve sur scène avec une tablette graphique offrant sur un écran géant le fruit de ses créations, en direct.

Assis sur le rebord de la scène, Stéphane Rousseau crayonne en parlant à son fils, Axel, reproduit sur un écran lumineux à ses pieds. Musique délicate. Il s'imagine — en homme fort —, il caricature sa femme — en animal post-partum —, il construit son enfant — en héros. Les traits sont simples et assumés. Le moment plein de sincérité et surtout de confidences lâchées en douceur: sur l'humoriste devenu père après avoir perdu le sien, sur son rapport à la vie, au monde, aux femmes et à la mort, et surtout sur son sens de la dérision, trame de fond des Confessions de Rousseau livrées hier soir sur les planches de la salle Wilfrid-Pelletier de Montréal. Ça s'est passé hier soir, dans le cadre du festival Juste pour rire qui vient de prendre presque officiellement son envol.

Avec cette cinquième créature scénique, à la facture redoutable — autant par sa mise en scène, ses éclairages, que l'exploitation de projections —, l'artiste marque véritablement une rupture dans sa carrière en délaissant les personnages comico-absurdes qui ont fait sa renommée pour se concentrer désormais sur lui. Il le fait modestement avec cette grande maîtrise de la comédie et une authenticité capable de transformer la banalité d'une partie de chasse, sa jeunesse dans un camp de naturistes ou le passage d'une douane pour aller à Las Vegas, en pur moment de plaisir comique.

Depuis ses premiers pas dans de sombres tavernes de Montréal aux côtés de Roméo Pérusse, auquel il rend, malgré lui sans doute, un hommage sympathique dans un numéro d'achat de chaussures de marche, Stéphane Rousseau est devenu grand. Le milieu de son spectacle, éprouvé en France où il vit une bonne partie de l'année, en donne la pleine mesure avec un sujet fort en émotion: le jour où il a dû prendre la décision de débrancher son paternel.

Tout en lumière, on se retrouve devant le lit de Gilles, avec Ginette, Méo, Mario, Louise et, surtout, une série de fines caricatures et de situations loufoques capables d'extraire toute la charge ironique de l'instant et qui confirment ce que l'artiste peine à admettre d'ailleurs en privé: oui, il est désormais dans la ligue qu'envie tous les autres. Tout dans le fond de son numéro est là pour faire pleurer. Et lui, il arrive à faire rire.

En plus d'une heure trente, Rousseau reste constamment sur cette ligne, entre émotion et dérision, en ne cherchant rien d'autre qu'être lui-même et en exposant ses talents de chanteur, avec des reprises bien placées de David Bowie et du Si j'étais un homme, féminisé pour l'occasion, de Diane Tell. Il confesse aussi avoir fait pipi sur la brosse à dents de sa soeur, avoir joué dans Les Dangereux (le film) — «Mais il faudrait en revenir» — et être en possession d'un album de

Marie-Élaine Thibert — «que je n'ai pas payé». Tout ça pour divertir, bien sûr, mais également pour continuer à se «faire aimer» de son public, avouera-t-il en guise de conclusion, «parce que j'ai pris une hypothèque sur 30 ans». Quand on se confesse...