Le jardin de l'écriture se referme sur Jean-Pierre Issenhuth

Le poète, écrivain, professeur et ex-critique au Devoir Jean-Pierre Issenhuth est décédé dans la nuit de lundi à mardi dernier des suites d'un cancer. Loin d'un «frénétisme littéraire» à la mode, il a construit une œuvre patiente et appréciée.

Né en 1947 à Troyes, en France, Issenhuth s'était installé au Québec en 1969. Pendant ses années québécoises, il a enseigné dans le quartier difficile d'Hochelaga-Maisonneuve. Très près de Rina Lasnier, avec qui il entretient une importante correspondance, ses recueils de poèmes ont paru à l'enseigne de l'Hexagone et du Noroît. Membre du comité de rédaction de la revue Liberté, il a signé les critiques de poésie du Devoir de 1991 à 1996. Il pouvait y être très dur et décapant, mais toujours avec style.

En 2003, il publiait Le Petit Banc de bois. Lectures libres 1985-1999 (Trait d'union), où il parlait de sa vision de la poésie, excluant «l'esprit et les procédés de groupe, la logomachie, la logorrhée, l'amphigouri, l'abstraction, les généralités». Dans la revue Voix et Images, André Brochu soulignait en 2004 que la conception de la poésie d'Issenhuth a «certes le mérite de l'exigence et de la rigueur, mais [...] manifeste aussi son côté étriqué quand elle refuse systématiquement les grands courants de la modernité».

Jean-Pierre Issenhuth va peu à peu s'éloigner de la poésie et devenir un grand lecteur de romans et d'ouvrages consacrés à la physique en particulier et aux sciences en général, tout en maintenant sa passion pour la musique et quelques grands mystiques. Il se consacre finalement à l'écriture de carnets, véritables travaux d'orfèvre, lesquels connaissent une réception critique enthousiaste.

En 2001 paraissent ainsi ses Rêveries (Boréal), chroniques d'abord publiées dans les pages de Liberté. Paru en 2009, Le Cinquième Monde (Fides), version toute personnelle du cahier d'écrivain, fait dire au critique Christian Desmeules qu'Issenhuth est un «lecteur minutieux, contemplateur actif, chercheur d'infini. Il y a chez Issenhuth, ajoute-t-il, une horreur des discours, des leçons de choses, des moralisateurs».

La nature occupait aussi bien son temps que ses écrits. Jardinier passionné, il préférait en toutes choses le travail sans artifices. L'écriture, pour lui, n'était ni plus sacrée ni plus nécessaire qu'une autre activité. Chemins de sable. Carnet 2007-2009 (Fides), faisant suite au Cinquième Monde, sorti en octobre dernier, est son dernier livre publié. Toutefois, on attendait la parution prochaine d'un autre carnet, intitulé La Géométrie des ombres, qu'il avait eu le temps de mettre au point.