Après la maison et le travail - La bibliothèque municipale est un lieu de convivialité et de socialisation

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
La Bibliothèque de Charlesbourg, à Québec<br />
Photo: Source arrondissement de Charlesbourg La Bibliothèque de Charlesbourg, à Québec

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La dématérialisation des contenus laisse encore plus d'espace de rencontre pour les 2,5 millions de personnes qui se rendent annuellement dans l'un ou l'autre lieu du réseau québécois des bibliothèques. Et maintenant, le silence y fait place à la parole...

Mylène Gauthier, conseillère culture et bibliothè-ques au service culture de la Ville de Québec, nous informe sur les bibliothèques de demain. Selon elle, cette institution est devenue l'un des derniers refuges publics et gratuits.

Quel est le rôle d'un réseau de bibliothèques aujourd'hui?

Les bibliothèques publiques jouent un rôle dans la transmission des savoirs et de l'éducation. Mais il y a aussi tout l'aspect de la médiation culturelle: elles sont là pour animer les collectivités locales, leur permettre d'avoir accès facilement à diverses formes d'art, en plus de la littérature.

Revenons plus précisément sur ces trois rôles... à commencer par la transmission des savoirs...

D'abord, avant même qu'ils n'aillent à l'école, les petits vont à la bibliothèque avec leurs parents, leurs grands-parents. Déjà là, il y a un premier contact avec la littérature, la lecture, l'écriture et la culture via les heures du conte, via diverses activités organisées pour les 18 mois ou moins. Par la suite, tout au long de son parcours scolaire, les bibliothèques accompagnent l'enfant, au primaire comme au secondaire.

On remarque d'ailleurs de plus en plus de partenariats scolaires avec les écoles secondaires, ces dernières préférant venir avec leurs élèves plutôt que de créer leur propre centre de documentation, qui aurait sans doute moins de ressources. Quoi qu'il en soit, il y a toujours eu un rapprochement entre les écoles et notre réseau. Nous sommes comme un prolongement, aussi bien pour les matières littéraires que pour les sciences, puisque nous proposons un grand nombre de ressources pour les recherches, que ce soit en histoire, en science, etc.

Les étudiants, au collège comme à l'université, fréquentent également beaucoup les bibliothèques publiques, mê-me si nous n'avons pas des ouvrages aussi pointus que dans les bibliothèques universitaires. Par la suite, lorsque l'usager quitte l'école, la bibliothèque est toujours là pour continuer sa formation.

C'est ce que vous appelez son rôle éducatif?

Nous sommes un autre joueur dans la sphère de l'éducation. On apporte beaucoup de formations, de médiation des savoirs, que ce soit le loisir scientifique, la littérature, la culture.

Mais, au-delà de ça, l'avènement des nouvelles technologies amène la fracture numérique et nous avons un rôle important à jouer pour la contrer. Pour une personne qui n'a pas accès à Internet à domicile parce qu'elle ne peut pas se payer un ordinateur, la bibliothèque reste un point d'accès qui est public et gratuit. Nous offrons d'ailleurs de plus en plus de cours d'initiation aux nouvelles technologies, avec différents logiciels, à l'utilisation d'Internet, aux réseaux sociaux... et même, de plus en plus, à l'utilisation des livres électroniques... Aucune bibliothèque municipale au Québec n'offre aujourd'hui la possibilité de télécharger des ouvrages, mais il y a actuellement un projet-pilote et ça s'en vient à grands pas.


Au-delà de l'aspect technologique, est-ce que les adultes viennent régulièrement à la bibliothèque?


Au Québec, on compte 2,5 millions d'usagers dans les 2000 bibliothèques publiques ou points de service. Et 300 millions de dollars sont investis chaque année dans le budget provincial. Quelque 95 % de la population est rejointe par un service de bibliothèque publique et près de 40 % y est abonnée. Les adultes sont de grands consommateurs et le document de papier reste très populaire chez eux, comme chez les enfants, du reste. Nos lieux sont très multigénérationnels et c'est un aspect très intéressant.

Vous me parliez également de votre rôle de médiateur culturel...


Les bibliothèques sont des établissements de proximité. Elles sont très locales, souvent on en a une tout près de la maison. Et c'est gratuit. C'est donc un premier pas vers l'accès à l'art et à la culture, d'autant qu'elles ne se confinent pas à proposer une offre littéraire. Elles vont amener le théâtre, la musique, le loisir scientifique, etc. La particularité du lieu fait que nous ne sommes pas dans une relation scène-spectateur comme dans un théâtre traditionnel. Ce sont souvent les premières expériences de spectacles que les enfants vivent. Cet aspect, tout près du citoyen, est intéressant. De plus, les animatrices en bibliothèque quittent les murs, elles s'en vont dans les centres de la petite enfance, les écoles, les parcs. On va vers l'usager.


Vous avez évoqué l'aspect très multigénérationnel des bibliothèques. Est-ce que vous diriez qu'elles sont également des lieux de rencontre?

De par leur implantation très locale, ces établissements sont, je crois, les mieux placés pour jouer ce rôle-là. C'est le dernier refuge public et gratuit, et, dans un pays nordique où l'hiver est froid et long, c'est important! La grande tendance, avec l'évolution technologique, la dématérialisation des contenus — un livre électronique ne prend la même place sur les tablettes qu'un document de papier — c'est une transformation de l'aménagement.

On laisse de plus en plus d'espace à la rencontre, à la convivialité. On favorise cette rencontre avec le public, les regroupements, on va prêter nos salles pour des rencontres communautaires, de l'aide aux devoirs, des réunions avec les communautés culturelles, etc. Les bibliothèques s'ouvrent de plus en plus à leur milieu. Donner plus de place aux usagers qu'aux collections. Le principe, c'est la bibliothèque comme troisième lieu: le premier, c'est la maison, le deuxième, le travail ou l'école, et le troisième, celui où on se rencontre pour socialiser, que ce soit le café, le bistrot, la place publique... La bibliothèque doit jouer ce rôle, et c'est cela que nous voulons favoriser par l'aménagement.

La bibliothèque n'est donc plus un endroit de silence...


Le silence fait place à la parole. On veut favoriser ces échanges entre les citoyens. On continue d'aménager des zones de silence parce qu'on a toujours besoin de lire et de se concentrer, mais on veut révolutionner l'image qu'on donnait, des endroits austères et des entrepôts de livres. C'est maintenant une place où on va faire des activités, partager. Nous souhaitons toujours amener l'usager à consulter nos collections, mais on va les lui présenter autrement. On accorde de plus en plus d'importance à la mise en valeur de nos documents. Excusez-moi pour l'expression, mais nous faisons un peu du marketing des collections.
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Collaboratrice du Devoir