La Walkyrie du Metropolitan Opera au cinéma - Un vrai tour de force réaliste

Samedi, les cinémas participants partout sur la planète relayaient de New York en direct la dernière représentation de La Walkyrie, second des quatre opéras du Ring des Nibelungen mis en scène par Robert Lepage au Metropolitan Opera.

La Walkyrie était très attendue, dans tous les sens du terme. La représentation a en effet débuté avec 35 minutes de retard en raison d'une panne dans le pilotage informatique de «la machine», dispositif central et unique des quatre spectacles, qui, en se déployant et en recevant des projections millimétrées, permet de camper les décors de cette saga. Fondamentalement, l'attente visait le concept théâtral de ce Ring. Bien des commentateurs avaient trouvé L'Or du Rhin timoré. Il annonçait pourtant parfaitement l'essence du travail de Lepage et de son équipe.

Il y a ici un vrai concept, celui d'une vision réaliste-technologique, qui tourne insolemment le dos à toutes les relectures dramatiques européennes. Ce Ring, credo très fort émanant du tandem Metropolian Opera-Ex Machina, défend ainsi une «manière américaine» dans la représentation de Wagner, reposant sur le réalisme proche de l'imaginaire wagnérien.

Ainsi, au IIe acte, Fricka arrive dans un trône orné de têtes de boucs, détail sur lequel personne ne s'attarde plus. Le réalisme a la force de la logique: l'agencement du Ier acte établit une suprématie des solutions de l'équipe de Lepage en comparaison du Ring de la Fura dels Baus, monté à Valence. Par rapport à la précédente scénographie du Met (Otto Schenk, 1988), carton-pâte et toiles de fond ont été évacués. La machine épure la scène. Mais elle permet bien plus.

Au cinéma, les bruits mécaniques des redéploiements de la machinerie ne sont pas perceptibles: nous ne pouvons dire dans quelle mesure la chose parasite la musique en salle. Mais le dispositif a un avantage auquel on ne pense pas forcément, car il amène les protagonistes à évoluer fréquemment au premier plan devant un mur vertical. Cela permet de raffiner le chant et les nuances, sans pousser la voix. La communion du plateau avec l'orchestre de Levine, détaillé comme jamais, est littéralement orgiaque. Westbroek (Sieglinde), Kaufmann (Siegmund, génial), Terfel (Wotan), Blythe (Fricka) et Vogt (Brünnhilde) font rayonner un véritable «bel canto» wagnérien.

Images marquantes

Comme dans L'Or du Rhin, la machinerie n'est pas le centre du spectacle, mais un outil. Ce qui compte, ce sont les relations entre les personnages, fortes, creusées et scrutées par les caméras d'un Gary Halvorson sobre et respectueux comme jamais auparavant.

Parmi les images marquantes, il y a l'embrasement du rocher, à la fin, mais les moments théâtraux sont plus cruciaux, notamment le très raffiné affrontement psychologique Wotan-Brünnhilde au IIIe acte. Par ailleurs, avec ses habiles projections pendant le récit de Siegmund, Lepage exauce le voeu de Wagner de rendre présents les récits non convertis en actions scéniques et accomplit le rêve impossible qu'Eisenstein nour-rissait pour La Walkyrie du Bolchoï en 1940. Quant à l'étreinte Wotan-Siegmund, à la mort de ce dernier, non prévue par Wagner, elle fut inventée par Patrice Chéreau en 1976. Retravaillée par Lepage, elle demeure toujours aussi bouleversante.
 
2 commentaires
  • Loraine King - Inscrite 16 mai 2011 09 h 29

    Art vocal

    J'avais voulu acheter des billets il y a un mois pour voir cette production HD dans un cinéma du centre-ville de Toronto, mais il n'en restait déjà plus.

    J'ai donc été obligée de me contenter de la diffusion de Radio-Canada. Point de vue vocal et musical, c'est une des meilleures productions du Met que j'ai entendue depuis plusieurs années. Kaufmann (génial en effet), Westbroek et Terfin en particulier ont offert des performances qu'il me fera plaisir de ré-entendre. Levine a dirigé cette musique brillament. J'ai adoré la Chevauchée des Walkyries : des sonorités étonnantes par leur puissance et leur équilibre. Finalement, je suis contente de ne pas l'avoir vue au cinéma. Je n'aime pas l'opéra au cinéma. Le son y est atroce. L'opéra demeurant pour moi un art vocal avant tout, j'ai passé un excellent samedi après-midi. On retrouvera cette production sur les archives du Met éventuellement, j'espère à l'automne. Dans mon salon, sur mon grand-écran avec mon système de son, ce sera encore mieux qu'au cinéma (et moins dispendieux!).

  • Michele Dorais - Abonnée 22 juin 2011 15 h 49

    En reprise le 18 juin...

    En effet, les cinq heures et demie de la représentation ont déboulé à vitesse folle... touchée par l'énergie et la beauté du chant, de l'interprétation, ET de la musique. Vraiment exceptionnel rendez-vous avec Wagner. J'attends la suite avec impatience. La prochaine fois, je m'installerai un peu plus en arrière de la salle. J'était assise au centre, et le son était un peu trop fort au dernier acte.