Conte crépusculaire à la Galerie de l'UQAM - Barbarellapointe

Lorsqu'on s'est rencontrés en début d'année, Pierre m'a bien prié de ne «surtout pas réfléchir», que l'expérience était à vivre, sans a priori. Seulement voilà, comme dit Don Draper dans un épisode de la série Mad Men, «when a man walks into a room, he brings his whole life with him». Hier, à la Galerie de l'UQAM, il y avait des gens qui suivent, connaissent, admirent le travail de l'artiste visuel David Altmejd. Et des fans de Pierre Lapointe qui, comme moi, découvraient Altmejd, ses Meccano de plexiglas et ses bébelles électriques. Sûr qu'il y en avait quelques-uns, les curieux de tout, qui goûtaient cette création Lapointe-Altmejd comme une rencontre au sommet de l'art.

Moi, j'arrivais avec mon ballot de références. Dans les ailes déployées du roi, je voyais Pylar, l'ange de Barbarella, le film. Barbarellapointe, en quelque sorte. Parfois j'étais dans un épisode de Perdus dans l'espace, rapport au décor de science-fiction de pacotille. Les airs chantés par Laforest me renvoyaient fatalement aux vocalises aztéco-futuristes d'Yma Sumac. Ou alors au générique de fin d'Escadrille sous-marine («Marina...»). On a la culture (ou l'étroitesse de culture) qu'on a.

Forcément, c'est quand Lapointe chantait que je retrouvais mes marques: ses mélodies, son lyrisme, son obsession de la mort, c'était familier.. et beau. Familier comme les jardins de cristaux qui tapissait une partie du grand îlot de l'installation d'Almejd: on aurait dit les enfants du grand cristal de Mutantès.

Ce que tout ça vaut? Pas la moindre idée. Il y avait des moments fascinants, je me souviendrai de la construction du «vaisseau-cercueil» à la fin. J'ai encore les dissonances des partitions du Quatuor Molinaro dans l'oreille droite. J'ai trouvé les tatouages sur le corps de Lapointe fort laids. Et pour une rare fois, j'ai été confronté à mes limites: c'est déjà quelque chose.

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