Pas d'exception pour Bertrand Cantat

Bertrand Cantat, qui a été condamné pour homicide involontaire après avoir battu à mort sa compagne, ne bénéficiera pas d’une exception en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jean-Pierre Muller Bertrand Cantat, qui a été condamné pour homicide involontaire après avoir battu à mort sa compagne, ne bénéficiera pas d’une exception en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés.

Québec — Bertrand Cantat ne pourra pas entrer au Canada si les conservateurs sont réélus, une prise de position qui est appuyée par le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.

La ministre responsable de la région de Québec, Josée Verner, a affirmé hier qu'un prochain gouvernement conservateur n'accordera pas de permis de séjour temporaire pour que l'ancien chanteur du groupe rock Noir Désir puisse se produire en 2012 sur les planches du Théâtre du Nouveau Monde à l'invitation du dramaturge Wajdi Mouawad ainsi qu'au Centre national des arts (CNA) à Ottawa.

«On avait besoin de ça comme d'un trou de balle dans la tête», avait-elle lancé plus tôt sur les ondes de la station radiophonique CHOI. La ministre conservatrice trouve «déplacé, comme femme» qu'on puisse penser que Bertrand Cantat, qui a été condamné pour homicide involontaire après avoir battu à mort sa compagne en 2003, l'actrice Marie Trintignant, pourrait bénéficier d'une exception en vertu de la Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés. «C'est sûr que comme femme, la pilule est dure à passer. Je ne suis pas sûre, avec tout le contexte de la violence conjugale, de la violence faite à l'endroit des femmes, que c'était une bonne idée», a déclaré Josée Verner.

Comme le rapportait Le Devoir hier, Bertrand Cantat fait l'objet d'une interdiction de territoire au Canada parce qu'il a été déclaré d'un crime passible, selon le droit canadien, d'une peine d'emprisonnement de plus de dix ans. Le chanteur pourrait obtenir une déclaration de réadaptation d'Immigration Canada, mais seulement après une période de cinq à dix ans à la suite de la fin de sa peine, une condition qu'il ne remplit pas. Il ne lui reste que la possibilité de demander au ministre fédéral de l'Immigration de lui accorder un permis de séjour temporaire, une décision discrétionnaire.

Gilles Duceppe s'oppose aussi à ce que Bertrand Cantat puisse bénéficier d'une exception. «Je crois à la réhabilitation, certes, mais je ne pense pas que l'attente de dix ans est exagérée», a-t-il indiqué, hier, à Rivière-au-Renard, a rapporté Cyberpresse.

Au Parti québécois, on adopte un point de vue différent. «M. Cantat a subi un procès, il a purgé une sentence dans un État de droit. On ne lui refera pas un procès ici», a livré au Devoir le député de Drummond et porte-parole en matière de culture, Yves-François Blanchet.

Le député dit ressentir un malaise, «le même que tous les citoyens», mais cela ne l'empêchera pas d'assister à la pièce de Wadji Mouawad à laquelle est censé participer Bertrand Cantat.

Dans le même esprit, le député de Mercier, Amir Khadir, de Québec solidaire, a dit croire «en une justice qui est réhabilitatrice, en une justice qui n'est pas revancharde, en une justice qui doit ne pas faire de différence [entre] les citoyens, qu'ils soient célèbres, des stars ou de simples citoyens».

L'ADQ part en guerre

Le chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, a fait de cette polémique son cheval de bataille. Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, Gérard Deltell a indiqué que pour l'ADQ, «Bertrand Cantat n'est pas le bienvenu au Québec, sous aucune considération».

«Le gouvernement a initié une campagne contre la violence conjugale et la violence sexuelle tout à fait de mise et aujourd'hui on ferme les yeux, on fait semblant de rien concernant la visite de ce meurtrier», a déclaré le chef adéquiste, rappelant que le Théâtre du Nouveau Monde recevait des subventions de l'État de l'ordre de 1 million de dollars.

Le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, a répliqué en adoptant une attitude légaliste. «Les règles de droit doivent s'appliquer», a-t-il affirmé, renvoyant l'affaire aux «autorités compétentes», c'est-à-dire le gouvernement fédéral.

Par la suite, le chef adéquiste a tenté de présenter une motion pour exiger que Citoyenneté et Immigration «impose les règles les plus strictes» à M. Cantat, motion que les députés libéraux ont refusé de débattre. «Il faut vraiment vivre sur une autre planète pour ne pas reconnaître qu'il y a un débat d'opinion publique qui a cours actuellement au Québec», a déclaré Gérard Deltell dans un point de presse par la suite. «La majorité, sinon l'ensemble des Québécois à qui on parle sont stupéfaits, manifestent de la colère et du dégoût.»

Pour Yves-François Blanchet, Gérard Deltell «récupère à des fins politiques un dossier chaud d'actualité». Amir Khadir va plus loin: il estime que c'est du «lynchage».

La présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Christine Pelchat, juge pour sa part que la présence de Bertrand Cantat sur la scène au Québec «banaliserait la violence faite aux femmes». Lui accorder un tel rôle, «c'est comme si ce n'était pas grave ce qu'il a fait», a-t-elle dit au Devoir, en rappelant que la violence faite aux femmes est un crime depuis fort peu de temps, ici comme ailleurs. «On ressent un grand malaise.» Elle n'exige cependant pas du TNM qu'il abandonne son projet.

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Avec la collaboration de Mélissa Guillemette

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