Danse - Plusieurs générations plus tard

Catherine Lalonde Collaboration spéciale
Francine Bernier
Photo: - Le Devoir Francine Bernier
L'anniversaire a été riche pour l'Agora de la danse. La nomination au Prix du CAM est une cerise sur ce gâteau d'anniversaire. «Les spectacles sont vraiment bons cette année, confie Francine Bernier. Artistiquement, les propositions étaient intéressantes et on a eu un plus large public que d'habitude.»

Diffuser, une question de relations? Selon Francine Bernier, certainement. Relations avec les artistes d'abord: «On doit retrouver dans une saison des propositions différentes. L'Agora a maintenant plusieurs générations, plusieurs styles et plusieurs signatures.» Le diffuseur a accueilli au fil du temps Louise Bédard, Hélène Blackburn, Danièle Desnoyers, Paul-André Fortier, Lucie Grégoire, Daniel Léveillé, Jocelyne Montpetit, Roger Sinha, José Navas, parmi de nombreux autres. Depuis ses débuts, 318 productions, dont une majorité de créations québécoises.

«C'est important de permettre aux jeunes de commencer. D'avoir des relations à long terme avec les artistes pour leur permettre de se déployer dans leur danse. J'aime travailler à des carrières. Je ne cherche pas le hit.» Mme Bernier est fière de pouvoir proposer aux créateurs «l'outil Agora. Les résidences de création donnent accès à la scène plus tôt aux danseurs et donnent du temps aux collaborateurs, leur permettent de créer dans de bonnes conditions.»

Une salle de spectacle doit aussi travailler ses liens avec le public. L'équipe est allée chercher le sien, une personne à la fois. «Je me souviens, rigole Mme Bernier, qu'on faisait des assemblées de cuisine: on allait chez les gens avec un artiste, comme en campagne électorale, pour parler de danse. On leur présentait les artistes qui étaient dans le quartier, qui travaillaient au coin de leur rue. L'Agora s'est vraiment inscrite dans le Plateau Mont-Royal. Nos spectacles sont très urbains, on a un côté très Montréal, avec une diversité qui n'était pas là il y a vingt ans.»

«Des clés de regard»

Maintenant, l'Agora mise sur l'intérêt des jeunes. Le programme Squat'Agora, où les élèves deviennent tour à tour écrivain, slammeur, chorégraphe et danseur, connaît depuis 2008 un succès inespéré. Pour la saison hiver-printemps 2011 seulement, quatre-vingt-cinq de ces ateliers ont été donnés à quatorze classes différentes, au primaire et au secondaire. Autre option: sur demande, des animateurs peuvent, en une petite demi-heure, donner aux adultes ou aux jeunes «des clés de regard: il suffit parfois de savoir quoi regarder pour trouver la porte d'entrée sur la danse».

L'Agora tisse aussi ses relations avec les diffuseurs sur des coproductions, ici ou à l'international. Pour ses vingt ans, L'Agora s'est d'ailleurs associée pour la première fois à Danse-Cité et Tangente.

Après 35 ans de métier, la passion de Francine Bernier ne s'étiole pas. «Je vais dans la salle tous les jours. J'ai ce privilège: pouvoir me lever de mon bureau pour aller regarder les artistes travailler.» Ses spectacles préférés? Ceux qui sont imparfaits. «J'aime quand ça bave un peu. C'est là qu'il y a des émotions, que ça passe au public. Je vais au spectacle pour ressortir avec des émotions, même si je ne suis pas toujours d'accord avec ce que j'ai vu.»

Francine Bernier a déjà la tête dans sa programmation pour 2012-13. «On va y voir un retour du solo. Je pense peut-être à un petit événement autour du solo.» D'ici là, il reste encore de beaux jours de fête pour conclure l'année des vingt ans de l'Agora.

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