CINARS: réactions de diffuseurs étrangers - La compétitivité des artistes canadiens à l'étranger est mise en péril

Plusieurs diffuseurs étrangers constatent que l'abolition de l'aide aux tournées internationales handicape gravement le rayonnement des artistes canadiens. Moins compétitifs, les artistes du Canada et du Québec, dans une moindre mesure, auront de plus en plus de mal à se faire voir sur les scènes internationales.

«Le profil des artistes canadiens a chuté. On connaît le Cirque du Soleil et Robert Lepage, mais le public anglais veut voir aussi les jeunes créateurs. Et si la relève ne peut plus venir, il y a un problème certain qui se prépare», soutient Colin Hick, ex-attaché au service culturel du bureau du Québec à Londres.

M. Hick, comme 239 diffuseurs de pays étrangers, était de passage à Montréal la semaine dernière dans le cadre de la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS), où la question de la présence des artistes canadiens sur les marchés internationaux s'est retrouvée au coeur des discussions.

Selon M. Hick, installé à Londres depuis 16 ans, les artistes de la relève sont ceux qui souffriront le plus de la compression de 5,3 millions faite par

Ottawa dans l'aide aux tournées internationales. Le milieu culturel britannique, déjà aux prises avec les compressions monstres de 30 % infligées par le gouvernement Cameron, est de plus en plus réticent à partager les coûts liés aux tournées de compagnies et d'artistes étrangers. «Il y a un problème de collaboration à l'horizon, même pour les noms connus. Si le Canada ne paie plus pour le transport, il sera plus difficile d'inviter des Canadiens et on préférera des compagnies européennes qui sont à deux heures de vol plutôt que sept», soutient ce dernier.

Au Royaume-Uni, les compressions ont frappé fort. Le Conseil des arts britannique, qui subventionne créateurs et diffuseurs locaux, verra son budget chuter de 449 à 349 millions de livres d'ici cinq ans.

C'est un autre portrait en Allemagne, où l'État consacre plus de trois milliards de dollars par an à la culture, l'industrie la plus importante au pays après celle de l'automobile, affirme Bertram Muller, directeur du Tanzhaus de Düsseldorf, un théâtre dédié à la danse.

L'Allemagne s'est toujours montrée très intéressée au travail de nombreux chorégraphes et compagnies de danse canadiens, dont La La La Human Step, Marie Chouinard, Chrystal Pite, Dave Saint-Pierre et plusieurs autres.

Selon M. Muller, le retrait de l'aide aux tournées au Canada pousse plusieurs artistes canadiens à augmenter leurs cachets, ce qui nuit à leur compétitivité. «Si le Canada n'a pas de politique pour faciliter les échanges internationaux, ce sera difficile pour les artistes canadiens de rester compétitifs sur le marché. Il y aura très peu de place pour la relève», croit-il aussi.

La France injecte aussi d'importantes ressources dans le rayonnement international de ses artistes hors frontières. Cultures France consacre 20 millions d'euros à la diffusion des artistes français à l'étranger, auxquels s'ajoutent des sommes de plusieurs directions régionales et des subventions versées par les municipalités. «Si on veut maintenir des exigences artistiques élevées chez nos artistes, il faut avoir des dispositifs d'aide à la création», a soutenu Vanessa Silvy, chargée de mission pour le cirque et les arts de la rue à Cultures France.

Lors du CINARS qui a pris fin la semaine dernière, 1083 professionnels des arts de la scène venus de 40 pays ont pu assister à 130 spectacles et débattre d'enjeux liés à la diffusion artistique. À cette occasion, CINARS a réclamé d'Ottawa le rétablissement des programmes d'aide à la tournée, dont l'abolition a engendré depuis deux ans des pertes évaluées à 15 millions et l'annulation d'environ 1600 spectacles pour les compagnies et artistes canadiens.