Mike Ward au théâtre Saint-Denis 2 - L'odieux, le grossier et le calcul

En deux heures, au centre d'un décor lumineux en forme de X, symbole de sa génération qui compose, avec quelques Y, le gros de son fonds de commerce, Ward s'est, sans préliminaire, adonné à son sport préféré: l'outrage hautement vulgaire et sans compromis cherchant à atteindre l'effet comique au-delà des limites du bon goût. Là où ça heurte, écorche et fait grincer.

Dans un monde où la rectitude politique est, dans l'espace public, inversement proportionnelle à l'étiolement des valeurs éthiques dans le monde municipal et celui de la construction, la proposition qui n'épargne rien ni personne, et surtout pas les faibles, les victimes, les vieux et Claude Poirier, est plutôt périlleuse. Elle est aussi totalement assumée par ce clown capable de courir en «gougounes» dans un champ de «bouette» — celui qui se trouve dans les bas-fonds de la vulgarité — sans jamais trébucher, ni tomber.

Ward a pris en maturité. Et il le prouve avec des textes caustiques, oui, mais travaillés avec une précision étonnante pour exposer à un humour à multiples étages où chaque atteinte à la morale et au bon goût en cache finalement une autre, plus choquante encore. Les grandes lignes de ce contenu ne sont toutefois pas reproductibles dans ces pages. Il concerne autant des curés que des diabétiques, des enfants parrainés par Vision mondiale que des prostitués. Entre autres.

Grossier, Mike Ward l'est sans aucun doute, mais il l'est aussi avec cette incroyable maîtrise du genre qui, par moments, dans ce spectacle intitulé Mike Ward s'expose, donne l'impression qu'il marche sur les traces du Britannique Eddie Izzard, une puissante bête du rire par l'extrême — chouchou des internautes adeptes de YouTube.

Elle place également à part le p'tit gars de Québec dans cette colonie de comiques d'ici où plusieurs de ces représentants aiment publiquement se draper dans le suaire de la rébellion, se vendre comme grossiers, scandaleux et dérangeants, mais se révèlent à l'usage plus lourds que drôles. Une trivialité dont Ward n'a finalement pas besoin de se vanter puisqu'il la transpire, et bien.
5 commentaires
  • Pôle - Inscrite 19 novembre 2010 07 h 29

    Humour

    Je crois qu'il en faut pour tous les goûts.
    Mais pourrions nous donner un autre titre que spectacle d'Humour??

  • Visionnaire - Inscrit 19 novembre 2010 08 h 42

    Vulgus populus

    Il connaît la propension au facile, au vulgaire et au voyeurisme du
    troupeau québécois.

  • Michel Bédard - Inscrit 19 novembre 2010 12 h 00

    Vulgus populus (2).

    Et mes impôts servent à payer ça... (crédits spectacle, culture, télé, etc). Mike Ward, un autre guignol. "L'industrie de l'humour au Québec est une vaste entreprise de décervelage", Foglia. À part Guy Nantel, ce n'est pas riche. Bon, j'arrête ici et je vais, de ce clic, consulter le site web de l'Assemblée nationale pour me dégotter un député pouvant parrainer une pétition... exigeant une commission d'enquête publique sur la disparition de l'humour. Dominic Bob Iscum. Amen.

  • Geoffroi - Inscrit 20 novembre 2010 00 h 56

    "Chez Mike" !/?*

    Vous essayez, avec votre bien apprise belle objectivité journalistique, de lui trouver quelque chose de positif. Vous ne m'avez pas convaincu.

    Je pense que ce n'est que du lourd épais genre "Manger de la m...tous les justes pour rire facile pour n'importe quoi, n'importe qui et n'importe comment qui remplissez ma machine nihiliste - rejet de toute valeur intellectuelle ou morale - à faire de l'argent".

  • Julie Gallant - Inscrit 21 novembre 2010 00 h 56

    Allez voir "Mike Ward s'expose"

    Franchement ! Quelle idée de penser que Mike Ward reste une mer** aux yeux de l'humour... Désolée au plus haut grade que je peux me permettre, mais ce spectacle que la plupart de vous n'auront pas vu fut une libération de nos structures académiques "barrées et snobs" de l'art en tout ces points. Mon cerveau n'était pas à "OFF" lors du spectacle bien au contraire. Ce type peut bien déroger des sentiers battus mais Mike Ward créer une libération claire simple et ne fait que penser tout haut ce que même nous n'oserions pas penser tout bas parce qu'il a une façon orale de transmettre ses paroles en images. C'est que de l'humour! Ce n'est pas un cours diffusé au Canal Savoir!! On est loin d'un humour gratuitement vulgaire et dénigrant et du "une phrase, une joke", mais on est près d'une marginalité humoristique québécoise qui gagnerait à dérider quelques uns d'entre vous.