Appuis à Rémy Couture

Ce spécialiste d'effets spéciaux montréalais, arrêté l'an dernier pour avoir réalisé des courts métrages d'horreur trop explicites, sera jugé le 13 octobre. Le milieu crie à la censure.

Une vingtaine de personnalités du milieu du cinéma ont signé une pétition en appui à Rémy Couture, alias RemyFX, ce spécialiste québécois en effets spéciaux arrêté le 29 octobre 2009 par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Sur son site www.innerdepravity.com, dans ses courts métrages sanglants, un meurtrier en série (fictif) attaquait des victimes. Interpol avait cru ces effets spéciaux réels et transmit le dossier au SPVM qui ne trouva rien d'incriminant. Mais, le 13 octobre prochain, Rémy Couture comparaîtra en cour, en vertu de l'article 163 du Code criminel, pour avoir fait des films trop réalistes et extrêmes, corrompu les moeurs et diffusé du matériel obscène.

Plus de 2000 signataires ont signé la pétition en ligne www.ipetitions.com/petition/innerdepravity et 5000 personnes ont soutenu Rémy Couture sur son site personnel.

«Assistons-nous à un retour à l'ère duplessiste, alors que l'on dénaturait les films à grands coups de ciseaux? demande la pétition. Les artistes devront-ils désormais présenter leur travail devant "un comité des bonnes moeurs" ou risquer la prison?»

Le cinéaste Robert Morin, dans une autre lettre adressée au constable Fournier du SPVM, interpelle le policier au nom de l'art. «Chaque spectateur exerce sa propre censure en ce qui a trait aux sujets qui lui déplaisent ou qui lui sont indifférents, écrit-il. En aucun cas cette responsabilité ne doit lui être enlevée, ne serait-ce que pour respecter sa liberté et son intelligence.» Il conspue l'acharnement des autorités dans le cas de Rémy Couture. «Je vous demanderais d'intercéder auprès de vos chefs de manière à ce que la poursuite dont il fait l'objet soit abandonnée le plus tôt possible», conclut-il dans sa missive au policier.

Le principal intéressé, Rémy Couture n'en revient toujours pas. «Ça n'a aucun sens d'accuser quelqu'un sur son art, commente-t-il. Dans le milieu de l'horreur, plusieurs font ce que je fais, et encore pire. J'ai ma démarche artistique. Traîner quelqu'un en cour pour des oeuvres de fiction au Canada est aberrant. Mon matériel est toujours entre les mains de la police. On m'a passé les menottes, gardé sept heures le soir au poste avec interrogatoire. Je croyais à un canular. La procureure Isabelle Grondin dépose les accusations de matériel obscène. Il est important que les gens se mobilisent. Si je suis jugé coupable, ça ferait jurisprudence. Il faudrait retirer les films d'horreur des étagères.»

Une manifestation d'appui est prévue le 13 octobre en face du palais de justice de Montréal, rue Notre-Dame, entre 13h et 15h. Les participants sont invités à se déguiser en personnages de films d'horreur.