Un style bien à part - Des créateurs du Nunavut et des Premières Nations défilent au festival Mode et Design de Montréal

Une création de Kim Picard<br />
Photo: Jonathan Desjarlais Une création de Kim Picard

Des peaux, des plumes et de la fourrure. Beaucoup de fourrure. De phoque, de caribou ou encore de coyote. C'est presque une marque de fabrique et lorsque les mannequins se succèdent sur le podium du Transcanada Runway, un défilé organisé par le festival Mode et Design de Montréal qui tente de donner les diverses influences en mode à travers le pays, aucun doute n'est possible. Les stylistes provenant du Nunavut et des Premières Nations se reconnaissent immédiatement.

Pour la créatrice de mode innue Kim Picard, la culture autochtone fait entièrement partie de son travail. «J'ai grandi dans la communauté de Pessamit et mon origine influence beaucoup mes créations. J'avais envie de faire connaître ma culture au travers de mes vêtements», explique la femme de 34 ans. Elle s'inspire des traditions et reprend de nombreux matériaux et symboles qui se retrouvent chez les différentes nations. «Je ne me cantonne pas aux Innus. J'utilise des os de bison et des plumes. Je pratique également la broderie et des appliqués d'animaux repris des rêves des chasseurs», informe la créatrice qui a suivi sa formation au collège LaSalle.

Également présents pour la deuxième année consécutive, des étudiants du Nunavut Artic College ont présenté leurs créations faites en grande partie de peau de phoques. Cette école basée à Arviat propose un programme de production et de design de fourrure depuis 2007. Au départ, cette formation était un projet pilote afin de promouvoir la culture et le commerce d'artisanat inuits. Il permet aux femmes d'apprendre les techniques traditionnelles de couture et de traitement d'une peau. Dans une deuxième année, les étudiantes abordent des aspects plus contemporains ainsi que la création. «C'est tout un travail de valorisation de leurs savoir-faire et de leur culture», souligne la fondatrice et unique enseignante du cours, Diane Giroux.

Styliste formée aussi en haute couture, la femme est arrivée au Nunavut en 2002 pour concevoir des collections de fourrure destinées aux touristes. Elle tente maintenant de transmettre sa passion de la mode et du design en utilisant les matériaux locaux. «Il fait très froid en hiver au Nunavut. Les gens préfèrent encore porter de la vraie fourrure, car ils considèrent que c'est plus chaud. De plus, on ne trouve pas de tissus. Il faut tout importer et cela coûte trop cher. Je leur apprends à faire des vêtements avec ce qu'il y a sur place», assure la femme.

Depuis deux ans, l'école participe à des concours de design de fourrure et n'a pas à rougir des résultats. En 2010, deux élèves, Karlii Aariak et Meeka Kilabuk, ont été sélectionnées pour un concours international à Milan, en Italie. Meeka Kilabuk est arrivée huitième sur plus de 200 participants. «Il y a un look Nunavut, assure Diane Giroux. Nos vêtements sont très beaux et quand on regarde, on sait d'où ils viennent.»

Reste à savoir si cette mode, qui peut paraître parfois très clichée, arrivera à évoluer et à se faire une place parmi les autres créateurs canadiens. «Ils constituent une classe à part, analyse Ying Gao, professeure en design de mode à l'UQAM. Ils concentrent leur travail sur une matière précise qui est toujours la même: la fourrure ou le cuir.»

D'après elle, le port de la fourrure reste impopulaire. «Les Inuits ont un autre rapport à la fourrure. Cela fait partie de leurs traditions. Le débat s'est calmé, mais il est difficile de lui donner une bonne image. Le marché s'est déplacé. Il y aura certainement une ouverture en Russie et en Chine.»

Diane Giroux n'est pas d'accord avec ce constat et pour elle, il ne fait aucun doute que les vêtements produits au Nunavut ont un bon potentiel. «Cela marche très fort chez nous. En plus, la peau de phoque peut être très sexy.»