Vers un carrefour muséal de la mode

Remue-ménage au Musée du costume et du textile du Québec (MCTQ). Le musée, établi à Saint-Lambert depuis 1979, prépare le terrain en vue d'une transformation majeure: devenir un carrefour muséal de la mode et du textile (CMMT) et s'implanter au coeur de Montréal.

«Il y a un patrimoine [textile] très important qui est en train de se perdre et il n'y a personne pour s'en occuper», déplore Pierre Bélanger, président du seul établissement muséal du Québec voué exclusivement au costume, au textile et à la fibre. Il rappelle que le Québec est le leader canadien de l'industrie du vêtement avec 61 % de la production et 54 % des emplois dans ce domaine. «Je ne comprends pas pourquoi le Québec ne soutient pas un musée de la mode. C'est un avantage économique qu'on néglige en ce moment du point de vue touristique.»

Cet ancien délégué général du Québec en Europe a pris la cause à coeur et défend l'idée d'un centre multimuséal élargi aux mondes de la mode et du design, des arts de la scène et des nouvelles technologies textiles. Ce projet prenait forme en 2008 dans le cadre de l'appel d'intérêt du ministère de la Culture pour redonner vie à l'ancienne bibliothèque Saint-Sulpice. M. Bélanger a déjà enclenché des discussions autour de partenariats possibles avec les dirigeants de l'Opéra de Montréal, du Théâtre du Nouveau Monde, du Musée des beaux-arts de Montréal et du département de costumes de la Société Radio-Canada.

«Je veux mobiliser tout le secteur de la mode avec un comité de patrons d'honneur», ajoute-t-il en visant autant les designers que les fabricants, les mécènes et les partenaires internationaux. Deux grands noms du milieu québécois ont déjà accepté de s'associer au projet: Jean-Claude Poitras et Michel Robichaud.

L'option d'occuper Saint-Sulpice est tombée depuis l'annonce de sa nouvelle vocation musicale au printemps. Le CMMT lorgne désormais d'autres sites du centre-ville. Pour le reste, le musée a revu ses règles de gouvernance, s'est armé d'un plan de développement stratégique et a recueilli quelque 150 000 $ en dons. Les résultats d'une étude de marché sont attendus bientôt et une troisième campagne de financement s'annonce en septembre pour combler la hausse éventuelle des coûts de fonctionnement de l'établissement, une fois déménagé.

«Il faut un projet qui se tient pour que les gens s'engagent, note M. Bélanger. Tout ça va fusionner à l'automne.»

Ce tournant majeur s'amorçait déjà quand l'ancien musée Marcil (du nom de la maison patrimoniale où il loge toujours) est devenu le MCTQ, afin de s'inscrire à l'échelle nationale et internationale. Sa collection permanente compte à ce jour plus de 5000 objets et célèbre les diverses cultures qui composent le Québec. Mais ses locaux actuels trop petits ne lui permettent pas d'offrir une exposition permanente et l'obligent à refuser des dons importants. Son déménagement s'impose même aux yeux du ministère de la Culture, qui en fait désormais une condition sine qua non à son soutien financier.