Exposition à Pointe-à-Callière - Les géants de l'île de Pâques démythifiés

Île de Pâques – Le Grand Voyage revisite les nombreuses hypothèses, voire les légendes, qui planent sur cette curieuse civilisation polynésienne.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Île de Pâques – Le Grand Voyage revisite les nombreuses hypothèses, voire les légendes, qui planent sur cette curieuse civilisation polynésienne.

Si les colosses de l'île de Pâques montent encore la garde en plein coeur de l'océan Pacifique, l'exposition consacrée à ces géants mystérieux au musée Pointe-à-Callière déboulonne au passage quelques grands mythes, notamment celui d'un peuple rayé de la carte par sa propre turpitude.

Île de Pâques - Le Grand Voyage, qui bat son plein jusqu'à l'automne, revisite, à la lumière de récentes découvertes archéologiques, les nombreuses hypothèses, voire les légendes, qui planent sur cette curieuse civilisation polynésienne, créée en l'an mil à plus de 2000 km de toute terre habitée.

Étonnante trajectoire, certes, que celle de la civilisation rapanui, arrivée grâce à des radeaux de fortune sur un minuscule rocher volcanique, affirme Nicolas Cauwe, directeur de mission archéologique belge à l'île de Pâques. Mais pour l'apocalypse auto-infligée, il faudra repasser. «Aujourd'hui, on commence à revoir l'histoire de cette île et de cette société, frappée par un désastre écologique. Cette société ne s'est pas effondrée, déchirée par des guerres. Au contraire, elle s'est adaptée à des conditions difficiles. L'apocalypse décrite par certains, c'est du fantasme. Il n'y a pas eu de suicide collectif», affirme ce chercheur et conservateur des collections d'Océanie aux Musées royaux d'art et d'histoire.

Plutôt que d'avoir couru à leur perte en s'entretuant et en rasant tous les arbres de leur île, plus petite que l'île d'Orléans, la civilisation rapanui aurait été victime, vers 1650, de désertification accélérée, induite par le phénomène météorologique par El Niño. En 75 ans, le couvert végétal a disparu, entraînant de profondes mutations dans le mode de vie et les croyances des habitants.

Les quelque 205 objets rassemblés à Pointe-à-Callière retracent le fil de cette histoire tourmentée, de l'an mil à aujourd'hui. Coiffes de plumes, pétroglyphes, parures pectorales, outils en lave vitrifiée, pagaies gravées et figurines de bois dévoilent pas à pas les secrets de ce peuple et de ces 890 titans taillés dans le tuf volcanique. Longtemps vus comme des figures effrayantes destinées à faire fuir l'envahisseur, les géants de l'île de Pâques symbolisaient plutôt le pouvoir des ancêtres dans cette société clanique, hautement hiérarchisée, affirme M. Cauwe. Facilement taillés dans la roche volcanique, les géants étaient déplacés sur des rondins et peaufinés sur les lieux mêmes où ils devaient être érigés, tournés vers les villages.

Plusieurs décennies avant le passage des premiers Européens, nombre de géants seront retournés face contre terre, moment où les Rapanui, affligés par les caprices du climat, cesseront d'adorer les anciens pour se tourner vers des dieux.

Victimes de marchands esclavagistes, vers 1860, puis décimés par les maladies transmises par les explorateurs, les Rapanui ne sont plus que 111 en 1872, 16 ans avant que l'île ne devienne territoire chilien. La petite île doit aujourd'hui composer avec les 40 000 touristes par an qui s'intéressent à son hécatombe passée. Autre temps, autre fléau... Pour en savoir plus, cap sur Pointe-à-Callière.

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Île de Pâques - Le grand voyage. Au musée Pointe-à-Callière du 8 juin au 14 novembre 2010.
4 commentaires
  • Jacques Lafond - Inscrit 8 juin 2010 12 h 41

    Île de Pâques

    Exposition des plus intéressantes et monté d'une façon à équilibrer parfaitement l'information et le divertissement. J'ai beaucoup appris. À voir absolument ...

    JL

  • Julien Sorel - Inscrit 8 juin 2010 18 h 02

    Exposition sur l'Île de Pâques

    Très belle exposition où sont exposées les thèses les plus connues concernant l'origine des habitants de l'Île de Pâques et les nombreux mystères qui planent sur cette île. Je suis seulement un peu déçu qu'on ait si peu considéré de nouvelles thèses, notamment, celles très documentées de Jean Hervé Daude, élaborées dans son livre ''Île de Pâques, l'empreinte des Incas'' lequel apporte de nouveaux éléments dont on peut prendre connaissance sur son site www.jeanhervedaude.com.

  • Arnaud Marc - Inscrit 10 juin 2010 08 h 09

    À voir absolument

    Dans un cadre et une atmosphère très appropriés, cette exposition met en valeur de superbes pièces antiques. Plus elles sont anciennes et plus elles sont appréciées des visiteurs.

    Pour les informations et les explications, c’est cependant tout le contraire, plus elles sont récentes et plus elles sont susceptibles d’être intéressantes et pertinentes. Or, quiconque s’intéresse de près à l’histoire de cette civilisation ne peut que constater que les études les plus récentes, dans le domaine de la génétique, de la botanique, de la comparaison d’éléments culturels, etc., concernant cet endroit mystérieux, n’ont pas été pris en compte. Le visiteur en ressort donc avec une vision largement dépassée de l’histoire de l’île de Pâques qui avait court il y déjà plusieurs décennies.

    À voir absolument !