Le sexe à nu

Cette exposition à la fois ludique et multisensorielle porte bien son nom puisqu'elle répond avec rigueur à plus de 100 questions que se posent les jeunes de 12 à 16 ans. À des interrogations, telles que: «La grosseur du pénis est-elle importante?», «Suis-je normal si je n'ai pas encore embrassé quelqu'un à 15 ans?», «Je n'ai pas envoie de me masturber et je ne pense pas au sexe, suis-je normal?», que souvent les jeunes n'oseraient pas adresser aux adultes qu'ils connaissent, les réponses explicites formulées par des infirmières scolaires, des sexologues ou des médecins peuvent être écoutées sur des postes audio.

Une série de courtes entrevues filmées, dans lesquelles des femmes et des hommes homosexuels ou bisexuels confient comment ils ont vécu leurs premières expériences et dévoilé leur orientation sexuelle à leurs parents, aborde tout en nuances la question: «Comment sait-on si on est homosexuel?», et confirme qu'il s'agit d'une exposition qui n'exclut personne.

De magnifiques photos de nus — signées Luc Robitaille — qui nous font voir des sexes de tous les âges, voire de toutes les formes et couleurs, rassureront probablement ceux qui se demandent s'ils sont comme les autres.

L'exposition est organisée en cinq zones. Feutrée et rouge sang, la première évoque l'utérus où aura lieu la rencontre fatidique entre l'ovule et le spermatozoïde, et dont nous sommes des témoins privilégiés grâce à des images de synthèse qui montrent le développement de l'embryon et du foetus. On y souligne, entre autres, le fait que le pénis et la vulve émergent d'une même structure anatomique et qu'ils ne se différencient qu'à partir de la neuvième semaine.

Dans la seconde zone, on comprend à quel point le sexe définit notre identité et que notre principal organe sexuel est... notre cerveau, puisque c'est lui qui déclenche au moment de la puberté ces violentes tempêtes hormonales qui provoqueront l'expression de la sexualité, et qui allume l'étincelle qui enflammera le circuit du plaisir.

Un quiz nous invitant à repérer notamment le Mont de Vénus et les trompes de Fallope sur le corps d'une femme ou d'un homme teste nos connaissances sur la géographie du sexe. Plus loin, un logiciel de traitement sonore nous fait entendre la voix que l'on aurait après avoir mué. Un miroir déformant et parlant permet de voir si la perception que nous avons de nous-même correspond à la réalité.

La troisième zone qui aborde le rapport à l'autre décortique les différentes étapes d'une relation amoureuse, de l'attirance au rapport sexuel en passant par le jeu de séduction non verbal que coordonne notre cerveau. On y apprend que les bonobos, ces chimpanzés nains qui sont nos plus proches cousins, sont les seuls à faire l'amour face à face comme les humains. Les fantasmes, les caresses et les diverses zones érogènes, de même que l'érection du pénis et du clitoris, y sont décrits scientifiquement, tactilement et visuellement, et aussi artistiquement par un pot-pourri de scènes de baiser tirées de films québécois.

S'inspirant de Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander de Woody Allen, un spectacle multimédia décrit les quatre phases de l'acte sexuel dans ses moindres subtilités et à un rythme qui souligne l'intensité de l'expérience! À côté, dans une ambiance intimiste, on découvre comment la sexualité évolue avec l'âge en écoutant des individus jeunes et moins jeunes raconter à la caméra à quoi ressemble leur vie sexuelle.

La quatrième zone nous informe des dangers que représentent diverses infections transmissibles sexuellement (ITS) et des moyens de nous en prémunir. Une animation particulièrement rigolote décrit la mise en place du condom à la manière du mode d'emploi Ikéa. Un jeu-questionnaire auquel peuvent participer plusieurs visiteurs simultanément permet de tester nos connaissances sur les pratiques sexuelles qui ne sont pas permises par la loi.

Dans la cinquième zone, les visiteurs sont invités à exprimer ce que représente pour eux la sexualité. Leur contribution sera affichée sur une immense murale électronique qui conclut l'exposition.

Sexe: l'expo qui dit tout! a entièrement été conçue par l'équipe du Centre des sciences de Montréal, qui s'est assurée du soutien d'un comité scientifique composé de sexologues, de médecins et d'experts en éducation, ainsi que de l'oeil critique d'un groupe d'adolescents âgés de 12 à 16 ans et de parents.

«L'exposition a été conçue pour les adolescents, mais elle rejoindra aussi les parents qui cherchent des moyens d'expliquer à leurs enfants les diverses facettes de la sexualité, voire les grands-parents et les professeurs», spécifie Michel Groulx, chef de la recherche et du contenu à la Direction des expositions au Centre des sciences.

Selon le Dr Marc Steben, de l'Institut national de santé publique du Québec, cette exposition est un véritable «vent de fraîcheur» car on y parle de la sexualité «de façon ouverte, claire et très positive», ce qui aidera les jeunes à «développer des relations responsables».

En «cette époque d'hypersexualisation où le sexe s'exhibe et est devenu plus mercantile que jamais», il est important de fournir «des informations justes, d'émettre des messages clairs et francs qui rassureront les jeunes», a déclaré lors de l'ouverture la sexologue Jocelyne Robert, porte-parole de l'exposition, qui n'a pas manqué de souligner «le sens et la saveur» que donne la sexualité à nos vies.

***

Sexe: l'expo qui dit tout! Centre des sciences de Montréal, Vieux-Port de Montréal. Jusqu'au 6 mars 2011
1 commentaire
  • Jacques Légaré - Inscrit 17 mai 2010 14 h 41

    Quand la vie se fait toute belle et sort prendre l'air

    Enfin, la sexualité est célébrée comme les anciens Grecs la célébraient et la vénéraient. Puisse Aphrodite remplacer toutes les Fatima et les Vierges désexuées !

    Bravo aux amoureux de la vie !

    Jacques Légaré, né 1948, et toujours vert !