Patrimoine - Un nouveau centre réunit toutes les archives des jésuites du pays

Le père Jacques Monet est l’historien de la communauté jésuite.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le père Jacques Monet est l’historien de la communauté jésuite.

C'est un secret bien gardé, mais plus pour bien longtemps. Ouvert au public depuis l'automne dernier, le centre des Archives des jésuites au Canada (AJC) réunit documents, objets et livres provenant des quatre siècles d'existence de cette communauté au pays. Jusqu'ici, ces documents et artéfacts étaient disséminés dans les différentes maisons des deux provinces de la Compagnie des Jésus, celle du Canada anglais et celle du Canada français et d'Haïti.

«Nous souhaitions rendre nos archives plus accessibles au public et aux chercheurs», expliquait hier au Devoir le supérieur provincial des jésuites du Canada français et d'Haïti, Daniel LeBlond, après la visite du centre. Ce dernier a fait le pari en 2006 de combiner les centres d'archives des deux provinces, alors forcés de déménager de leurs locaux respectifs.

Le centre des AJC a été aménagé au sous-sol de la maison Bellarmin, rue Jarry à Montréal, qui logeait déjà une douzaine de jésuites, l'équipe du centre Justice et Foi — qui publie la revue Relations — ainsi que l'administration de la Province jésuite du Canada français. Les nouveaux locaux des AJC abritent une magnifique salle de consultation, qui cumule 1,5 km linéaire d'archives, tous formats et supports confondus — documents écrits ou audiovisuels, cartes, plans —, une bibliothèque comptant notamment 1500 livres rares et anciens ainsi qu'une salle de traitement des archives, où l'on travaille, entre autres, à informatiser les outils de recherche.

«Avant, il n'y avait pas de salle de consultation, ni à Toronto ni au Noviciat de Saint-Jérôme, ce qui limitait l'accès», souligne Céline Widmer, qui dirige les AJC avec une petite équipe de cinq archivistes et bibliothécaires et le père Jacques Monet, historien de la communauté.

L'histoire de ces archives remonte à 1635, date de fondation du collège des jésuites à Québec, qui conservait les documents, livres et objets. Mais c'est le père Félix Martin qui en a fait un véritable fonds d'archives en 1842, quand la Compagnie de Jésus fut réinstituée ici par monseigneur Bourget (après la suppression de l'ordre en 1773), avec les archives d'abord installées au collège Sainte-Marie, puis à Saint-Jérôme.

Des livres rares

Le père Martin a d'ailleurs réussi à reconstituer pour la première fois la collection complète des célèbres Relations des jésuites (laquelle compte 42 volumes) en 1858. La plus prestigieuse demeure celle de Ruben Gold Thwaites, en 73 volumes bilingues (en vieux français et en anglais), publiés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe.

«C'est le plus grand témoignage des missionnaires jésuites pour l'histoire du Québec», commente aujourd'hui le père Monet.

La bibliothèque des AJC compte huit volumes de l'édition originale de cet ouvrage fondateur ainsi qu'une collection exceptionnelle de manuscrits amérindiens, dictionnaires, grammaires et autres outils de la langue.

«On a concentré notre collection sur l'histoire des jésuites canadiens pour se distinguer de la bibliothèque du collège Jean-de-Brébeuf, plus spécialisée en philosophie et en théologie», explique le bibliothécaire Christian Lacombe.

Chaque jésuite lègue à sa mort aux AJC tous les livres, documents et objets qu'il a créés ou reçus. Il faut attendre environ 30 ans avant de les rendre publics. Dans la grande salle, ces archives sont constituées de fonds personnels et institutionnels. On y retrouve ainsi tant les manuscrits du père Félix Martin que les documents administratifs des activités sociales, éducatives, éditoriales et spirituelles des jésuites.

La communauté, fondée en France en 1540 par Ignace de Loyola, compte aujourd'hui quelque 300 membres canadiens. Si les jésuites se sont établis au Québec en 1625, c'est en 1611 qu'ils ont débarqué pour la première fois au pays, à Port-Royal. Ils fêteront donc leur 400e l'an prochain.