Mettre Montréal à nu

Scarlett James
Photo: Scarlett James

Tout commence par un paradoxe. Montréal, haut-lieu du burlesque à une autre époque, serait en train de se faire voler un peu de cette mémoire festive par d'autres: Vancouver, Toronto, Las Vegas ou Londres, où depuis quelques années l'univers coquin de l'effeuillage et des cache-seins à pompons se retrouve au coeur de festivals annuels consacrés au temps des cabarets.

Les fantômes du théâtre El Moroco doivent en hurler d'épouvante.

Leur effroi devrait toutefois n'être que passager, espère la jeune artiste Scarlett James, effeuilleuse de son état, qui dès jeudi prochain se prépare à combler le grand vide mémoriel. Comment? En donnant le coup d'envoi de la toute première édition du Festival burlesque de Montréal. Histoire de se rappeler avec strass, paillettes et éventails géants en plumes d'autruche ce temps que les moins de 20 ans...

«Le burlesque connaît un regain de popularité un peu partout sur la planète, y compris à Montréal, lance la jeune femme à l'origine de l'événement, rencontrée cette semaine dans un café ordinaire de la métropole. Par son histoire, la ville, qui a déjà été la capitale du glamour, ne pouvait pas vivre une année de plus sans voir apparaître un festival consacré à cet art.»

Le voyage dans le temps, présenté en grande partie au Studio Juste pour rire, doit durer quatre jours. Il va aussi mettre en vedette des reines du strip-tease — à l'ancienne, s'entend — en provenance des quatre coins du globe. Starla Haze, L. Diablo, Miss Sugarpuss ou encore Philly Caramel et Coco Framboise sont du nombre, tout comme leurs gants de satin, qui devraient délicatement descendre le long de leurs bras. Entre deux postures de Betty Boop.

Qui a dit que le burlesque — et ses codes formels — était dépassé? Certainement pas Scarlett James, qui depuis deux ans expose son charme sophistiqué et sa blonde chevelure dans des clubs et théâtres de la métropole, tout comme dans des soirées privées, précise-t-elle. «Sa renaissance n'est pas étonnante», dit-elle. «Nous avons un peu la nostalgie de cette époque où les gens s'habillaient chic pour sortir, où les femmes portaient de jolis chapeaux et où les effeuilleuses annonçaient plus qu'elles ne montraient.» Et forcément, à une époque où le mystère de la femme se cache derrière une micro-corde de G-string, tout ça peut finalement avoir bien du charme.

Sur scène, dans la rue ou à l'écran — un volet cinéma est prévu dans le cadre de ce festival —, la titillation doit donc être magnifiée, prévient Scarlett, qui rêve avec cet événement de sortir le burlesque de la marge tout en permettant aux jeunes générations d'appréhender «un patrimoine artistique de Montréal qu'elles ne connaissent pas».

Oui, le projet est ambitieux. Il va aussi permettre à la célèbre Ethel Bruneau, alias Miss Swing, de remonter une nouvelle fois sur les planches, plus de 60 ans après avoir fait vibrer les folles nuits de Montréal. «C'était la reine de la claquette, précise la créatrice du festival. Elle a connu la vie des cabarets quand Montréal était une destination incontournable pour le burlesque. Et elle va nous en parler.» Et bien sûr, les fantômes du Théâtre Gayety se préparent, eux, à en fondre de plaisir.