Complètement manga

Sophie Latreille-Beaumont, alias Shuichi Shindo (à gauche), ainsi que ses deux copines Marie-Soleil «Miku Hatsune» Dubuc (au centre) et Jessica «Tifa Lockheart» Sauvageau, seront toutes trois de l’Otakuthon 2009, le grand rendez-vous des films d
Photo: Jacques Nadeau Sophie Latreille-Beaumont, alias Shuichi Shindo (à gauche), ainsi que ses deux copines Marie-Soleil «Miku Hatsune» Dubuc (au centre) et Jessica «Tifa Lockheart» Sauvageau, seront toutes trois de l’Otakuthon 2009, le grand rendez-vous des films d

Les Princesse Zelda, Sailor moon et Pikachu de ce monde sont en ville. Et ils prendront d'assaut le Palais des congrès qui, jusqu'à dimanche, sera le théâtre des jeux de rôles et autres ateliers de costumes. Bienvenue à Otakuthon 2009, la grande messe montréalaise célébrant l'univers culte des mangas et de l'anime japonais.

Sophie Latreille-Beaumont a les cheveux roses dans la vraie vie. Simple excentricité ou caprice de «wanabe» punkette? Rien de tout cela. C'est pour ressembler à Shuichi, son personnage de manga favori qu'elle arbore une flamboyante crinière fuchsia, joliment teinte par sa mère, coiffeuse.

Entre les rires et les séances de photo, ses deux copines et elles causent films d'horreur dans un jargon mêlé d'expressions anglaises et japonaises. «T'as-vu le dernier de la série "Ju-On"? Et "Tokyo gore police"?» Alors que le festival de cinéma Fantasia se termine, ces «gameuses» complètement manga se rabattront avec plaisir sur Otakuthon, qui débute ce soir.

Le nom de ce festival vient du japonais otaku, qui désigne, de façon plutôt péjorative, une personne qui se replie sur elle-même et ne vit que pour consumer sa passion dévorante. Les organisateurs d'Otakuthon ont repris l'expression, qui désigne à merveille ce grand rendez-vous d'amateurs de mangas et de films d'animation, des «geek» de la culture pop japonaise, quoi. Pourquoi s'en cacher?

Marie-Soleil «Miku» Dubuc a toujours aimé jouer à des jeux vidéo. La jeune femme de 20 ans, qui en est à son cinquième festival d'anime, s'est fait tout un groupe d'amis aussi passionnés qu'elle. Jessica Sauvageau, alias «Tifa Lockheart» de Final Fantasy, a étudié l'animation 3D et adore le «cosplay» [de costume et playing], c'est-à-dire se déguiser en personnages de manga. Quant à Sophie Latreille-Beaumont, elle lit des mangas depuis l'âge de 11 ans, en dessine et a même écrit un petit roman inspiré de cet univers fantastique, qui ne se limite pas aux aventures de la série Dragon Ball.

Pas du Disney

«La morale des mangas et des films d'anime sont plus profondes», a insisté la demoiselle Latreille-Beaumont, les opposant aux histoires à l'eau de rose de M. Disney. Camilo Montejo, le directeur des communications d'Otakuthon, abonde en ce sens. «En plus de l'aspect du divertissement, tu vas souvent trouver un conseil de sage dans un manga», note ce Mexicain d'origine qui s'occupe des communications d'Otakuthon 2009. «J'ai déjà acheté des dessins animés pour un jour enseigner les bonnes valeurs de la vie à mes enfants», a-t-il ajouté. Le personnage qu'il a adopté, Zero, est un prince de l'empire britannique qui va de guerre en guerre pour tout contrôler mais qui finit par se sacrifier pour que le monde connaisse enfin la paix.

C'est ici, à Montréal, que la «magie» de cet univers culte l'a happé, alors qu'il participait à son premier Otakuthon, l'an dernier. «C'est difficile d'expliquer ce que c'est. Je ne m'attendais pas à avoir autant de gens déguisés aussi heureux. Certains s'étaient même fait des pancartes "free hugs" et distribuaient des câlins, raconte-t-il. C'est un peu le reflet de ce que j'aimerais que soit le monde, rempli d'une énergie positive.»

Otakuthon 2009

Moins connu que le grand festival de Toronto, Otakuthon de Montréal a vu le jour en 2006, dans les locaux de l'Université Concordia. De 2000 participants à ses débuts, le festival, qui se tiendra toute la fin de semaine au Palais des congrès, attend près de 5000 adeptes de l'animation japonaise, qui viendront de partout au Canada et des États-Unis.

Tandis que les collectionneurs de figurines et autres produits dérivés s'en donneront à coeur joie dans l'immense marché aux puces de la salle d'exposition, d'autres participeront aux concours de chant (Otakuthon idol) et de costumes (la Mascarade) ou encore aux divers jeux de rôle. En plus des films d'animation projetés, les amateurs de jeux vidéo pourront donner libre cours à leur vice; «apportez vos manettes», conseille-t-on.

Pour les plus initiés, Otakuthon est également l'occasion de parler ou de se faire photographier avec des invités spéciaux, stars consacrées du merveilleux monde de l'animation. Cette année, les mordus attendent avec impatience la visite de la très célèbre — du moins dans l'univers manguesque — Pikmin Link, Li Kovacs de son vrai nom, une Californienne qui se passionne pour la confection de costumes et qui personnifie remarquablement Link, de la Légende de Zelda.

Côté québécois, ils pourront notamment discuter avec les comédiens doubleurs Sébastien Reding et Aurélie Morgane, tous deux diplômés du cégep de Saint-Hyacinthe. Le premier a tenu les rôles d'Ash Ketchum dans les films de la série Pokémon et du célèbre Drago Malefoy dans les Harry Potter, tandis que la seconde a notamment prêté sa voix au personnage de Deunan Knute, dans le film d'animation japonais Appleseed: Ex Machina. La nouvelle maison d'édition Kyowa Québec viendra quant à elle présenter la suite de sa BD Mangue A, soit Mangue B.

Parfois qualifié d'«adulescent» atteint du syndrome de Peter Pan, Camilo Montejo ne voit dans sa passion pour l'anime, qui a un je-ne-sais-quoi obsessionnel, qu'un moyen de se divertir. A-t-on les mêmes scrupules pour les gens qui se déguisent à l'Halloween? demande-t-il. «Pour moi, il n'y a pas de ligne mathématique qui pose la limite entre ce qui est sain et ce qui ne l'est pas. Je pense qu'on est tous un peu fous», a affirmé M. Montejo. «Certains le cachent mieux que d'autres, c'est tout.»