Pierre Cossette - Success story d'un Québécois d'Hollywood

C'est l'histoire d'un «p'tit gars de Valleyfield» devenu un des plus grands producteurs des États-Unis. L'histoire méconnue d'un travailleur de l'ombre qui a placé sous les projecteurs des étoiles à peine scintillantes, celle d'un homme jovial au rire contagieux, précédé par sa réputation. «J'ai entendu dire que vous faisiez des miracles», lui a un jour lancé un agent, résumant le bonhomme.

Son aventure commence en 1928. À l'âge de cinq ans, il quitte Valleyfield avec sa famille pour déménager au «pays du lait et du miel, qui est apparemment la Californie», écrit-il. Seuls de vagues souvenirs lui resteront de cette période-là, où il «sort à peine des couches».

Il s'avère que la Californie, comme toute l'Amérique du Nord tombée dans la Grande Dépression, est plus le pays de l'huile de vidange que celui «du lait et du miel». En effet, après avoir perdu son travail dans une compagnie de bois, son père devient garagiste. «Tout ce dont je me rappelle de lui à cette époque est de le voir pleurer, raconte Pierre Cossette. À ce moment-là et pour toujours depuis, j'ai su que je devais faire quelque chose pour éviter un destin similaire.»

La naissance

d'un producteur

Il s'arrange donc pour décrocher un diplôme de l'USC (University of Southern California), dont il se fait encore une fierté. Et c'est dans ce contexte universitaire qu'il fait ses débuts de producteur. En 1949, Pierre Cossette dirige Campus Magazine, une publication privée et indépendante distribuée dans une soixantaine d'universités américaines. «J'ai réalisé que si je voulais que Campus soit un succès, je devais ramasser des fonds», raconte l'entrepreneur né. Il en amasse au delà de ses espérances grâce à un mégaspectacle où il réussit à présenter le chanteur Bing Crosby et l'humoriste George Burns. Premier coup de maître qui fera de lui un rêve américain ambulant: le mot «impossible» ne fait pas partie du vocabulaire de Pierre Cossette.

Avec un culot frisant parfois le comportement suicidaire (comme lorsqu'il affirme à un de ses patrons connaître le français et qu'il est finalement sauvé par Alfred Hitchcock qui, lui, connaît véritablement la langue de Molière), Pierre Cossette apprendra à voguer dans les méandres marécageux du showbiz. Il boira, jouera pour se faire respecter des patrons des clubs, parfois mêlés à des activités peu catholiques. «J'ai failli devenir accro», avoue-t-il.

C'est pour se sortir du pétrin ou pour en sortir ses amis qu'il trouvera d'ailleurs souvent des idées de génie. Ainsi, pour faire face à une situation imprévue, il invente ce qu'on appelle le «lounge act», soit la performance de musiciens ailleurs que sur une scène. Autre exploit: il obtient de Ronald Reagan qu'il se produise à Las Vegas. Et il sort le premier album des Mamas and the Papas, qui connaîtra un succès mondial grâce aux chansons Monday, Monday et California Dreamin'.

1995 est l'année de la reconnaissance pour le Québéco-Américain. Il reçoit un Grammy à l'occasion du 25e anniversaire de la télédiffusion du gala des Grammys. Pas pour ses talents de chanteur mais pour ceux de producteur: en effet, c'est lui qui, dès 1970, fit le pari de télédiffuser ce spectacle. Un succès qui ne s'est jamais démenti.

Un succès continu

Plus récemment, il a produit d'autres spectacles d'importance, dont celui organisé pour le départ de Rudolph Giuliani de la mairie de New York et celui de sa compatriote, Céline Dion, diffusé sur CBS le 25 mars dernier à l'occasion de l'ouverture de son spectacle au Caesar's Palace à Las Vegas.

Pierre Cossette s'est d'ailleurs découvert beaucoup d'atomes crochus avec la famille Dion, surtout avec le père, rencontré lors du tournage d'une autre émission spéciale de CBS sur Céline Dion au Québec, avec qui il partage un même humour salace (Pierre Cossette me racontera des blagues échangées avec papa Dion non publiables ici).

«Même s'il a vécu toute sa vie aux États-Unis, Pierre reste très canadien, en esprit, en humour et physiquement», affirme son épouse, qui l'accompagne tous les étés au Québec depuis 1984. «Les taches de rousseur, la bedaine», explique le septuagénaire. En fait, il s'est découvert tellement d'affinités avec les Québécois qu'il a décidé non seulement de s'acheter une maison à Saint-Anicet, près de Valleyfield, mais aussi de demander la double nationalité. «Je voudrais bien obtenir le passeport canadien, dit-il. J'y ai droit.»