Québec - Phyllis Lambert s'insurge contre la démolition du couvent des Dominicains

Québec — Agrandir le Musée national des beaux-arts à Québec (MNBAQ), oui. Mais démolir pour ce faire le couvent des Dominicains sur la Grande Allée, non! Voilà en substance ce que la fondatrice du Centre canadien d'architecture, Phyllis Lambert, a fait savoir, dans une lettre, au responsable du projet d'expansion du MNBAQ, John Porter, directeur général sortant de l'institution muséale.

«Je ne peux que regretter que dès sa conception, la démolition du bâtiment centenaire» ait été envisagée, écrit Mme Lambert, dont la lettre datée du 14 janvier était aussi adressée à l'homme d'affaires Pierre Lassonde, président du conseil d'administration du musée et mécène dans ce projet. Selon Mme Lambert, que l'on ait ainsi décrété dès le départ que le couvent serait démoli «envoie un message négatif vis-à-vis de la conservation du patrimoine autant de la part du Musée, de la ville de Québec inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO et de la Province». Mme Lambert estime que le MNBAQ devrait «demander aux participants du concours architectural [qui doit être lancé sous peu] d'intégrer également le monastère dans le projet d'agrandissement».

C'est la nouvelle conseillère municipale du district Montcalm, Anne Guérette, élue comme indépendante le 2 décembre, qui a rendu la lettre publique, hier. Mme Guérette, architecte elle-même et ancienne présidente de la Coalition Héritage-Québec, applaudit à l'idée d'agrandir le musée, mais se désole que l'on compte démolir le couvent, dont le MNBAQ est devenu propriétaire l'an passé. L'affirmation de M. Porter selon laquelle le couvent n'a «aucune valeur patrimoniale» peut être trompeuse, selon elle, puisque d'autres spécialistes soutiennent le contraire. Dans le passé, de grandes erreurs ont été commises alors que l'on invoquait des arguments du même type. Pensons aux plus belles maisons victoriennes de la Grande Allée, au sud du Parlement [là où le complexe H s'élève aujourd'hui] démolies parce que considérées à l'époque comme «non patrimoniales».

Une autre voix de poids s'est jointe aux critiques, hier. Architecte et urbaniste, Marcel Junius, lauréat 2003 du prix Gérard-Morissette, la plus haute distinction accordée par le gouvernement du Québec dans le domaine du patrimoine, critique aussi vertement le projet de démolition. Selon lui, «le Québec n'a pas encore acquis une épaisseur suffisante en matière de patrimoine architectural et urbain pour qu'on puisse se permettre d'en sacrifier la moindre parcelle». Il s'interroge aussi: «Sommes-nous donc trop riches en patrimoine pour dépecer le monastère et l'envoyer à la ferraille, en 2008, année commémorative de la fondation de notre ville?»

Le 20 décembre, les gouvernements du Québec et du Canada annonçaient leur participation de 33,7 millions chacun pour la construction du nouveau pavillon du musée, d'une superficie de 8000 mètres carrés. Le privé y contribuerait à la hauteur de 23 millions, pour un projet total de 90,3 millions.
1 commentaire
  • Mario Tremblay - Abonné 22 janvier 2008 07 h 57

    Ouais.

    Y a-t-il quelque chose à ajouter? Sinon, que la justification des fêtes du 400e est sans doute d'ordre économique et non pas historique ou patrimoniale!