Vers où agrandir le MNBAQ?

Le MNBAQ (les deux bâtiments à droite sur la photo) souhaite avoir un accès sur la Grande-Allée, ainsi, la destruction du monastère des moines dominicains, à gauche près de l’église, semble être le scénario privilégié par l’institution mu
Photo: Le MNBAQ (les deux bâtiments à droite sur la photo) souhaite avoir un accès sur la Grande-Allée, ainsi, la destruction du monastère des moines dominicains, à gauche près de l’église, semble être le scénario privilégié par l’institution mu

Québec — Le mot d'ordre est clair: le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) a besoin d'espace. Le directeur général de l'institution, John R. Porter, convoquait la presse hier pour démontrer, statistiques à l'appui, que l'avenir du musée passait impérativement par son agrandissement.

«Le MNBAQ a dépassé sa capacité d'accueil depuis longtemps, explique John R. Porter. Lors de l'agrandissement de 1991, les plans prévoyaient qu'on recevrait 250 000 visiteurs annuellement. Or ce sont maintenant plus de 350 000 personnes qui franchissent chaque année les portes du musée. L'an prochain, on en attend plus de 400 000.» 2008 s'annonce effectivement comme une année exceptionnelle, avec la présentation de certains trésors provenant des collections du Louvre.

Il n'y a pas que la capacité d'accueil des visiteurs qui poserait problème. Selon le directeur général, l'espace consacré aux expositions est nettement insuffisant. Présentement, le MNBAQ serait en mesure de présenter seulement 2 % de ses collections (composées de près de 33 000 oeuvres), contrairement aux 12 % qui constitueraient la norme mondiale pour des institutions comparables. L'agrandissement permettrait de mettre les collections du musée en valeur (notamment en faisant plus de place à l'art contemporain) et de recevoir plus d'expositions provenant de l'étranger.

Vue sur la Grande-Allée

Parmi les possibilités étudiées, l'institution a favorisé un scénario lui permettant d'avoir un accès sur la Grande-Allée, «afin de sortir de l'enclave naturelle des Plaines pour rejoindre le quartier Montcalm». Pour y parvenir, le président du conseil d'administration duMNBAQ, le riche homme d'affaires Pierre

Lassonde, a fait l'achat à ses frais (pour un montant avoisinant quatre millions de dollars) du monastère des moines dominicains se trouvant directement devant le musée. «Les dominicains manifestaient depuis longtemps le désir de se départir du bâtiment, précise M. Porter. Ils étaient enchantés que leur espace serve à une institution culturelle publique plutôt que d'être transformé en condominiums.»

Le projet d'agrandissement prévoit l'ajout d'une surface d'exposition de 8000 mètres carrés, ce qui doublerait pratiquement l'espace de diffusion actuel. Livré pour 2012, le bâtiment coûterait 90 millions de dollars. Ce montant serait payé à parts égales par le provincial (37,5 % du budget) et le fédéral (37,5 % du budget, toujours à confirmer). Les 25 % restants seraient payés par des mécènes, sollicités par une ambitieuse campagne de financement.

La firme d'architectes chargée de dessiner le nouveau bâtiment sera choisie lors d'un concours international, dont la première étape se déroulera en 2008. Pour construire ce troisième pavillon, relié à l'ensemble muséal par un tunnel, le projet prévoit de raser le monastère dominicain. D'après une étude commandée par le MNBAQ, le bâtiment à détruire — dont l'architecture a déjà été modifiée maintes fois au fil des ans — n'aurait pas une très grande valeur patrimoniale.

Haro sur la destruction du monastère

Hier soir, après l'heure de tombée, le MNBAQ recevait les résidants du quartier afin de leur présenter son projet d'agrandissement. Depuis le début de l'été, certains citoyens manifestent leur inquiétude devant les visées expansionnistes de l'institution. Ils font même circuler une pétition — qui aurait été signée par un millier de personnes — pour freiner les ardeurs du musée.

«Nous ne remettons pas en question le bien-fondé du projet, précise François Dussault, qui pilote la pétition. Nous sommes cependant catégoriquement contre la démolition du monastère. Malgré ce que peut en dire l'étude commandée par le MNBAQ, les signataires pensent que le projet actuel présenté par M. Porter s'attaquerait à un élément important de notre patrimoine. Nous comprenons mal cette volonté de gommer le passé, surtout qu'il existe de nombreux autres scénarios pour permettre au musée de s'agrandir.»

Même son de cloche du côté d'Anne Guérette, présidente de la Coalition Héritage Québec. «Comme il s'agit d'un projet financé à 75 % par des fonds publics, nous croyons important que les citoyens puissent se prononcer sur l'avenir de leur patrimoine et de leur tissu urbain.» Au mois de juillet, la Coalition a demandé aux ministres Couillard et St-Pierre de tenir une consultation publique sur le sujet. Jusqu'à présent, les cabinets se sont contentés de faire parvenir des accusés de réception.

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Collaborateur du Devoir