Festival du monde arabe de Montréal - Un «Espace Zéro» dédié au rapprochement des cultures

Le Festival du monde arabe tiendra une soirée cabaret dédiée à Roger Tabra, auteur de chansons pour de nombreux interprètes. Photo: Jean-François Nadeau
Photo: Le Festival du monde arabe tiendra une soirée cabaret dédiée à Roger Tabra, auteur de chansons pour de nombreux interprètes. Photo: Jean-François Nadeau

Alors que culture arabe rime trop souvent ces jours-ci avec accommodements, le huitième Festival du monde arabe (FMA) appelle à un grand rapprochement entre les cultures, et décrète un espace libre de tout jugement sur l'autre, propice au foisonnement des arts.

En lançant leur programmation 2007, audacieusement nommée «Espace Zéro», les organisateurs du FMA ont insisté sur le besoin pressant de créer un lieu de rencontre entre l'Orient et l'Occident, déchirés depuis le 11-Septembre. «Devant ce trou noir qui devient de plus en plus grand, il est plus que nécessaire que l'artiste porte sa voix plus haut», a insisté hier la directrice de la programmation du FMA, Sofia Benyahia.

Dans le même ordre d'idées, Aïda Khamar, directrice des communications du FMA, renchérit en disant que la diversité culturelle, telle que l'entend la Convention de l'UNESCO, n'est pas source que «d'accommodements», mais surtout de «développement».

Encore une fois, le festival multidisciplinaire explore toutes les facettes de la culture arabe dans une programmation fournie et éclatée déclinant musique sacrée, classique, traditionnelle et voix émergentes, mais aussi théâtre, littérature, cinéma et même humour.

Cette année, le FMA s'enrichit d'un volet extérieur, La Medina, un véritable souk oriental recréé à même l'esplanade de la Place des Arts et destiné à jeter des ponts avec le public montréalais. Sous de grands chapiteaux chauffés, le public sera ainsi convié dès le 26 octobre à goûter gratuitement aux saveurs de l'Orient, tout en assistant à des concerts, des animations, des discussions, des danses et des rencontres littéraires.

Festival de la pluralité

Plus que jamais porte-étendard de la pluralité, le programme du FMA ratisse large et embrasse tous les genres, du plus traditionnel au plus moderne. À preuve, le 26 octobre, le festival démarre sur les chapeaux de roue avec, en concert d'ouverture au Corona, Checkpoint 303, de l'«underground» électronique moyen-oriental, et Club d'Elf, une formation rock-jazz qui se fait une fierté de rallier musulmans, juifs, bouddhistes et païens parmi ses fans.

À l'autre bout du spectre, on retrouvera au Corona des tenants de traditions centenaires, dont Les Chants de Bali, héritiers de la chanson touareg et des chants de l'Algérie profonde, avec El Naïla et son groupe. La diva du maqâm, Farida, offrira une rare occasion de s'imbiber des rythmes de cette musique classique irakienne. Les maîtres musiciens de Jajouka, avec leurs hautbois arabes et leurs flûtes de bambou, feront revivre sur scène leurs airs venus du Rif marocain. Sur un tout autre ton, plus contemporain celui-là, le FMA reçoit à nouveau Sefsaf, ce Blanc-Beur, artisan français de la musique «World», dans Désoxydant.

Les planches du Gesù accueilleront pour leur part des musiciens puisant aux sources de diverses voix arabes, notamment celles de l'art sacré avec Amine et Hamsa de Tunisie, joueurs d'oud et de quanoun. Pour un voyage dans les jardins suspendus de Babylone, il faudra se presser pour voir le maître irakien du oud, Saad Mahmoud Jawad, reprendre des mélodies issues du fond des âges. Kamilya Jubran, de la Palestine, prêtera quant à elle sa voix aux poètes arabes contemporains, sur fond de musique électronique.

Puisque l'humour aide au rapprochement, les Zapartistes ont été conviés à commettre un nouveau bouquet de sketches inédits sur les préjugés qui collent aux musulmans, et Mohsen Gharbi sera de retour avec son personnage de terroriste raté, recalé par al-Qaïda.

Le FMA tiendra aussi une soirée cabaret animée par Monique Giroux, dédiée à Roger Tabra, auteur de chansons pour de nombreux interprètes, dont les Michel Rivard, Éric Lapointe, France D'Amour et Patrick Norman, qui viendront lui rendre hommage.

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- Le Festival du monde arabe, du 26 octobre au 11 novembre, www.festivalarabe.com.