Festival international Nuits d'Afrique - Stella Chiweshe: le goût de l'eau et de la terre!

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Stella Chiweshe fut la première à se faire reconnaître dans un monde jusque-là réservé aux hommes, la première à jouer du mbira lors de rencontres clandestines. Source:FINA
Photo: source fina Stella Chiweshe fut la première à se faire reconnaître dans un monde jusque-là réservé aux hommes, la première à jouer du mbira lors de rencontres clandestines. Source:FINA

Nous arrivons en pays shona, terre d'un important peuple bantou du Zimbabwe, d'où ont émergé trois grands artistes connus mondialement: Thomas Mapfumo, le guérillero du son, Oliver Mtukudzsi, le sage, et Stella Chiweshe, la grand-mère du mbira, à la fois cérémonie spirituelle, genre musical et nom du piano à pouce de l'endroit. Chiweshe fut la première à se faire reconnaître dans un monde jusque-là réservé aux hommes, la première à jouer le petit métallophone lors de rencontres clandestines.

«Dès que je l'ai entendu, le son de l'instrument ne m'a plus jamais quittée. Il fallait que j'en joue. Au début, je n'avais même pas le droit de me promener avec un mbira et il me fallait en emprunter pour faire ma musique. Lors des cérémonies, je devais m'asseoir du côté des hommes, ce qui contrevenait aux pratiques de l'époque. Puis, lorsque j'ai enregistré ma première pièce, je voulais me cacher. Ma mère m'a alors calmée en me disant que je faisais du bien aux autres.»

Musique minimaliste, répétitive, obsédante, mystérieuse, parfois planante et à l'effet hypnotique, le mbira émerge comme une douce vague qui nous submerge sans heurt. «L'instrument vient de l'eau, et pendant longtemps personne ne l'avait jamais vu», raconte la grande dame sur le ton de la conteuse rêveuse émerveillée: état d'esprit qui ne la quittera plus avant la fin de l'entrevue. «Chaque jour depuis quarante ans, il me fait découvrir de nouveaux sons. C'est mystique. Si tu prêtes attentivement l'oreille, il te parle. J'ai vu des arbres l'écouter. En plus, il permet de faire descendre l'esprit des morts et de profiter de leurs conseils.»

Double Check, la double compilation que la chanteuse shona a fait paraître en mars dernier, révèle deux facettes apparemment distinctes de son oeuvre: le premier disque met en valeur la dimension «transe» et le deuxième, le caractère afro pop. «Bien que je ne puisse sortir les instruments modernes lors des rituels, il s'agit bien plus du résultat d'un long processus de macération plutôt que de différences réelles. J'ai d'abord intégré le marimba mozambicain, qui permet également d'invoquer les esprits de l'eau, puis j'ai retrouvé la voix féminine dans le son de la guitare acoustique, alors que la basse est par la suite devenue le pendant masculin. Quant à la batterie, elle incarne le battement de la terre. En concert, je m'assois toujours à ses pieds.»

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- Stella Chiweshe au Balattou demain à 21h30. Renseignements: 514 499-FINA.

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Collaborateur du Devoir