Festival Juste pour rire - Père manquant, fils psycho-rigide

L’artiste français Pierre Richard affichait hier ce large sourire débordant de candeur qui lui va si bien!
Photo: Jacques Nadeau L’artiste français Pierre Richard affichait hier ce large sourire débordant de candeur qui lui va si bien!

La vie d'un grand artiste en campagne de promotion est parfois cruelle. Hier, l'acteur français Pierre Richard a d'ailleurs goûté à la chose. Comment? En se tapant cinq heures de route (aller-retour) entre son chalet, quelque part en Outaouais, et Montréal pour rencontrer une horde de journalistes pendant une petite heure à peine. Dur. «Surtout qu'il y avait un beau soleil sur le lac ce matin», a-t-il indiqué au Devoir, tout en affichant ce large sourire débordant de candeur qui lui va si bien. «J'ai trouvé ça difficile. Mais au moins, Montréal, ce n'est pas aussi stressant que Paris.»

Amoureux depuis l'âge de 12 ans des grands espaces et de l'imaginaire canadiens qu'il a croisés dans les bouquins de Jack London, avoue-t-il, le grand blond avec une chaussure noire, qui profite du bois et d'un lac depuis huit jours dans une résidence secondaire canadienne louée, va devoir encore une fois se passer de sa nature cette semaine. Dès jeudi, pour être précis, et pour lui permettre de monter sur les planches du Théâtre Olympia avec son complice, l'humoriste français Pierre Palmade, afin de livrer Pierre et fils, un succès présenté l'automne et l'hiver derniers au Théâtre des Variétés de Paris.

Raison de son apparition furtive en ville, hier, pour en parler et de son passage au Québec pour deux semaines afin de la jouer dans le cadre du festival Juste pour rire, cette pièce relate une aventure humaine en deux dimensions où un père bohème (Pierre Richard) surgit dans la vie d'un fils (Pierre Palmade), directeur d'un supermarché de province plutôt psycho-rigide... 38 ans après l'avoir abandonné à la naissance.

Innocent et irresponsable

«C'est une idée de Pierre Palmade, qui voulait écrire cette pièce pour moi», a raconté l'acteur âgé de 72 ans lors d'une conférence de presse organisée hier. «Ce père me ressemble un peu puisqu'il a gardé une certaine innocence de sa jeunesse. C'est un vieil enfant un peu irresponsable, comme moi.»

En débarquant dans l'univers rangé et carré de sa progéniture, comme un chien dans un jeu de quilles, l'homme, franchement immature et un brin mythomane, va, on s'en doute, bouleverser l'existence paisible et sans aspérité de sa progéniture. «Il va aussi faire éclater les codes qui régissent sa vie, foutre la merde, mais en même temps reconstruire», résume le célèbre gaffeur timide du 7e art français.

Expérience technique présentant une série de saynètes devant des décors vidéo sans forcément respecter les unités de temps et d'espace, Pierre et fils, co-écrit par Christophe Duthuron (l'homme derrière Détournement de mémoire, la pièce qui a amené Pierre Richard a Québec, il y a deux ans), est également une promenade amusante et amusée, dit-on, dans les difficiles relations entre paternel et rejeton. Surtout quand ces relations baignent dans l'incompréhension, les non-dits et surtout un vide de 38 ans pas toujours facile à porter.

«C'est aussi, un peu, une critique du rôle de père aujourd'hui, un travail difficile», dit Pierre Richard.

Alimenté par la stupéfaction exacerbée de Palmade, maître de l'hébétude calculée, et par la fantaisie de Richard, ce duel d'acteurs s'annonce efficace et possède du même coup le potentiel nécessaire pour faire rire, en flattant ces grande herbes qui poussent dans les champs du bon sentiment. Un bonheur, d'ailleurs, pour l'acteur français, qui hier a reconnu publiquement une autre dépendance, après les grands espaces du Québec: «Les rires en rafales. Les entendre, c'est ma drogue à moi. C'est mon nirvana», a-t-il dit avant de reprendre la route pour l'Outaouais où la pêche, les balades en bateau sur le lac, les bonnes bouffes et les amis rythment son quotidien depuis quelques jours.