Corridart est mis à sac

Le projet Corridart consistait à amener l'art dans la rue et à offrir une plateforme aux jeunes artistes en transformant 8 km de la rue Sherbrooke en un gigantesque musée à aire ouverte, entre les rues Atwater et Pie-IX, du 7 au 31 juillet 1976.

Principale réalisation du Programme des arts et de la culture pour les Jeux olympiques, Corridart était un projet inouï pour la soixantaine d'artistes canadiens et québécois choisis, dont Bill Vazan, Claude Thibaudeau, Françoise Sullivan, Guy Montpetit, Marc Cramer, Melvin Charney et Pierre Ayot, pour n'en nommer que quelques-uns. Ces artistes ont érigé 16 installations artistiques impressionnantes.

Ainsi, la rue Sherbrooke fut transformée en lieu d'exposition linéaire, où les oeuvres présentées s'intégraient parfaitement dans le décor urbain. Des mains géantes pointaient à l'index les musées et galeries d'art; des cerfs-volants minimalistes étaient lancés dans les cieux; des expositions photographiques étaient présentées sur des échafaudages; la «Rue Miroir» présentait pas moins de 2000 petites photos, assemblées et rephotographiées sur une période de six mois; la reproduction de la croix du Mont-Royal sur la rue Sherbrooke provoquait la réflexion grâce à l'objet connu déplacé de son lieu d'origine; les maisons de la rue Sherbrooke, quant à elles, constituaient une réflexion sur l'effet miroir et renvoyaient au vide qu'avaient laissé les constructions historiques détruites dans les années précédentes.

Toutefois, moins d'une semaine après le début de l'exposition, à la veille des Jeux olympiques, le plus important projet du Programme des arts et de la culture des Jeux olympiques a été démantelé clandestinement à coups de bulldozers et de scies tronçonneuses par des employés de la Ville de Montréal. Les débris d'oeuvres furent jetés à la fourrière municipale.

Cette action avait été ordonnée par le maire Jean Drapeau, qui alléguait que les oeuvres exposées contrevenaient aux règlements de la Ville concernant l'occupation du domaine public, et que certaines d'entre elles étaient indécentes et représentaient un danger pour la sécurité publique! «Nous ne pouvions bouger le petit doigt sans l'approbation officielle de la Ville, affirme Melvin Charney, tout avait été approuvé longtemps à l'avance par l'administration du maire Drapeau.»

«Il n'y avait aucune raison juridique qui justifiait cette démolition sauvage des oeuvres», conclut l'artiste. À défaut d'un musée extérieur, les citoyens de Montréal ont eu droit à un théâtre médiatique et à une corrida juridique qui a fait couler beaucoup d'encre.