Irving Layton (1912-2006) - Le poète Irving Layton meurt à l'âge de 93 ans

Irving Layton a défini les bases de la poésie canadienne.
Source: courtoisie The Gazette
Photo: Irving Layton a défini les bases de la poésie canadienne. Source: courtoisie The Gazette

On disait de lui qu'il était à la fois «le Picasso et le Mae West de la poésie». On le croyait immortel, mais voilà que, mercredi, le flamboyant écrivain montréalais Irving Layton s'éteignait à l'âge de 93 ans, des suites de la maladie d'Alzheimer dont il souffrait depuis un peu plus d'une décennie.

Pour la communauté littéraire anglophone, c'est un peu la fin d'une époque. «Il y avait Irving Layton, et il y avait les autres», a affirmé le célèbre chanteur Leonard Cohen, dans un courriel adressé au quotidien The Gazette. «C'est notre plus grand poète. La maladie d'Alzheimer ne l'a pas fait taire, et la mort ne le fera pas non plus», ajoute le chanteur, qui connaît Irving Layton depuis les années 1950 et le considère comme son mentor.

Leonard Cohen n'est pas le seul à considérer Irving Layton comme un guide. Ses oeuvres ont en effet profondément marqué la poésie canadienne, soutient son traducteur Michel Albert, qui a rassemblé ses meilleurs textes dans Layton, l'essentiel, publié chez Triptyque en 2001.

Avec Louis Dudek, Irving Layton a en effet défini les bases de la poésie canadienne alors encore à venir. «Comme Gaston Miron au Québec, c'est Irving Layton qui a donné un sens à la poésie canadienne. Il en a été la locomotive», raconte Michel Albert.

Pour son traducteur, il ne fait nul doute qu'Irving Layton est «le plus grand poète du XXe siècle au Québec et au Canada, toutes langues confondues». Mais il est aussi l'incarnation vivante des deux solitudes montréalaises, ajoute M. Albert. Il lui aura en effet fallu du temps pour trouver un éditeur désireux de publier les textes de Layton, que, depuis, très peu ont lus.

Du côté anglophone, c'est tout le contraire. L'influence d'Irving Layton dépasse le monde littéraire. Plusieurs écrivains, mais aussi des politiciens, dont le ministre de la Justice Irwin Cotler, ont en effet compté parmi ses élèves. «C'est l'homme qui m'a montré comment penser, a dit M. Cotler. Ce n'était pas qu'un de mes professeurs, c'était un mentor, une inspiration et, plus tard, il est devenu un collègue et un ami. Nous étions très proches.»

Baptisé Israël Lazarovitch, Irving Layton est né en 1912 en Roumanie. Il est le septième et dernier enfant de Moses, un libraire juif, et de sa femme, Klara. La famille s'installe à Montréal alors qu'il n'a qu'un an. Il passe son enfance sur le Plateau Mont-Royal. Il publiera Here and Now, son premier recueil de poésie, en 1945.

Auteur d'une quarantaine d'ouvrages, Irving Layton a vu son travail être rapidement récompensé. Il a obtenu en 1958 le Prix du Gouverneur général du Canada pour son recueil A Red Carpet for the Sun. Il a également été deux fois considéré pour le prix Nobel de littérature.

Dans la deuxième partie de sa vie, il s'est davantage penché sur ses origines juives, affirmant: «l'Holocauste est mon symbole». «L'homme oublie quel monstre terrifiant il peut être. Je veux rappeler en permanence aux gens qu'ils sont au bord du désastre», disait-il.

Omniprésent pendant des décennies, les 20 dernières années auront vu l'aura d'Irving Layton pâlir, juge son traducteur. C'est aussi le sentiment de Brian Trehearne, professeur à l'université McGill. En entrevue à la Canadian Press, M. Trehearne s'est désolé de voir que Layton avait disparu des lectures universitaires, une situation qu'il a qualifiée de «scandaleuse».

Son oeuvre est pourtant colossale et lui a valu l'admiration de poètes aussi marquants que Charles Olson ou William Carlos Williams. Il a également connu la gloire, ce qui lui faisait dire en 1972: «Je suis un génie qui a écrit des poèmes qui vont survivre aux côtés des meilleurs Shakespeare, Wordsworth and Keats.»

Ce franc-parler, doublé d'un grand amour de la provocation, lui aura valu le surnom du «Picasso» et de la «Mae West de la poésie», se rappelle Michel Albert. «Il parlait franc, à la Mae West, et avait un trait très acéré, à la Picasso, une phrase lui suffisait pour tout dire.»