Une marche au cinéma

Source: Sean O’neil
Le Biodôme accueille une soixantaine de manchots, qui vivent les pieds dans la neige et sous une température qui oscille entre deux et quatre degrés Celsius.
Photo: Source: Sean O’neil Le Biodôme accueille une soixantaine de manchots, qui vivent les pieds dans la neige et sous une température qui oscille entre deux et quatre degrés Celsius.

Ils sont là, à droite, tous les six, droits comme des ifs. Aussi majestueux que dans La Marche de l'empereur, sauf qu'ils sont pour l'instant stationnaires... et que ce ne sont pas des empereurs. Ce sont des royaux. Les différences entre le manchot empereur et son proche cousin, le manchot royal, subtiles pour le néophyte, crèvent les yeux de Sylvie Motard. «Le manchot royal, qui habite les régions subantarctiques, comme les îles Falkland et le sud du Chili, est plus petit de 15 cm environ.

Il est surtout moins lourd que le manchot empereur, qui vit en Antarctique et peut peser 30 kilos, soit le double.» Sylvie Motard n'a pas attendu de voir le documentaire le plus populaire de l'année pour fondre comme banquise au printemps devant les manchots. «Ils me passionnent depuis longtemps. J'ai commencé à travailler avec eux en 1987, à l'Aquarium de Montréal.» À l'ouverture du Biodôme, en 1992, Sylvie, titulaire d'un DEC en agriculture et d'un certificat en écologie, aurait pu être affectée à la section tropicale et bichonner les singes dans un climat idéal. Elle a pourtant demandé à s'occuper de la soixantaine de manchots (quatre espèces différentes, dont les gorfous sauteurs, chou comme tout, parés d'aigrettes tombantes qui leur donnent une drôle de binette et que Sylvie appelle ses «punks»), qu'il faut nourrir tous les jours un à un, les pieds dans la neige et sous une température qui oscille entre deux et quatre degrés Celsius.

Sylvie n'a pas remarqué un afflux de visiteurs depuis la sortie de La Marche de l'empereur... un film à propos duquel la spécialiste émet quelques réserves. «Oui, les images sont magnifiques. Mais les commentaires... "J'ai froid! Oh! Mon chéri, je suis de retour!" Je ne suis pas capable. L'anthropomorphisme, donner des sentiments humains à des animaux, ça m'agace beaucoup. Oui, ils vivent dans des conditions difficiles, mais pas plus qu'un chameau qui ne boit pas pendant 30 jours en traversant le désert.»

Malgré toutes ces années passées en leur étroite compagnie dans ce grand vase clos, Sylvie ne cesse de s'étonner devant certains comportements. Prenez les six manchots royaux: trois femelles, trois mâles. «Mes femelles sont plus vieilles que mes mâles. Nées en 1992, elles sont arrivées ici l'année suivante. Les mâles, eux, sont arrivés l'année dernière.» Et alors? «Alors, j'ai deux mâles qui sont ensemble, et deux femelles ensemble... Pas vraiment des couples, mais disons qu'ils se tiennent beaucoup ensemble. C'est louche.» Des gais? «De l'homosexualité, oui.» Sylvie est mal à l'aise. «Je ne veux pas que tu parles de ça... Bon, c'est vrai que ça arrive dans la nature aussi.» Tenez-vous bien, Sylvie: ça peut même arriver en politique. «Je crois que c'est une question d'affinités, de temps. En 2006, je mets beaucoup d'espoir dans le mâle et la femelle solitaires.» La fin des deux solitudes? Voilà qui devrait plaire à Michaëlle Jean.

Biodôme de Montréal

Tél. (514) 868-3056

Ouvert tout le week-end, même lundi.

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