Arts de la scène - Raymond Lévesque, Marcel Dubé, Oliver Jones sont les lauréats des Prix du gouverneur général

Il y a très exactement cinq ans, une certaine Michaëlle Jean recevait le chansonnier Raymond Lévesque sur son plateau de RDI à l'écoute. Une rare sortie pour le vieil homme malentendant qui en avait profité pour répéter, devant l'animatrice visiblement agacée, que les «immigrants» n'auraient pas dû voter au référendum sur la souveraineté de 1995.

Raymond Lévesque a lui-même rappelé l'anecdote hier alors qu'était dévoilé son nom à titre de lauréat 2005 du Prix du gouverneur général pour les arts de la scène, avec le dramaturge Marcel Dubé, le pianiste Oliver Jones, le chorégraphe Peter Boneham, la comédienne Jackie Burroughs et le magnat de la télévision Moses Znaimer. La cérémonie officielle de remise des récompenses aura lieu à Ottawa le vendredi 4 novembre. Il s'agira de la première grande réception offerte par la nouvelle vice-reine du pays, Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean.

«Elle n'avait pas beaucoup aimé mes propos et elle l'avait manifesté, confiait le poète, décidément obstiné. Nous avons laissé des immigrés voter à notre référendum. J'étais contre ça. J'étais pour que les gens qui étaient ici depuis au moins cinq ans aient le droit de vote, mais c'était très antidémocratique de laisser les gens qui étaient ici depuis six mois voter sur notre cause parce qu'il s'agissait de notre survie en tant que peuple. Eux, ils ont un autre pays ailleurs, pas nous. Elle n'a pas du tout apprécié.»

Il a ensuite rigolé en s'imaginant la réaction de la nouvelle titulaire de la fonction suprême en le découvrant chez elle, dans sa résidence de Rideau Hall, parmi les prestigieux lauréats. «Peut-être qu'elle va me faire une grimace. Je ne sais pas. On va voir...»

On verra aussi comment sera commentée l'acceptation par un des pionniers du mouvement souverainiste québécois du prix de la représentante de la reine Élisabeth II, elle-même mariée à un citoyen de la République française venu ici tourner des documentaires engagés célébrant les luttes pour l'indépendance et la liberté en colère, d'ici et d'ailleurs. En tout cas, Raymond Lévesque, lui, ne croit pas bafouer ses principes en acceptant la récompense et le chèque de 15 000 $ attaché au trophée.

«Je trouve ça important d'obtenir un hommage du gouvernement fédéral, qui est donc capable de ne pas tenir compte de mes opinions politiques, a-t-il répondu après qu'un journaliste ait écrit une question à ce sujet, M. Lévesque étant toujours, comme il le dit, sourd comme un pot. C'est sympathique de ne pas me bouder», ajoutait l'auteur de Quand les hommes vivront d'amour, qui célébrera 60 ans de carrière l'an prochain.

Le dramaturge Marcel Dubé, un autre lauréat, a aussi été interviewé par Mme Jean. Lui n'en garde que de bons souvenirs. «Il y a quelques années, on avait fait ensemble une grande entrevue à RDI sur un aspect peu connu, un recueil de poèmes de plus de 200 pages [Poèmes de sable] publié en 1974 et qui vient d'être réédité, racontait-il hier. Elle l'avait lu. Ça m'avait étonné. Ça m'avait permis de la connaître. J'ai apprécié que, tout en m'interviewant, elle s'interrompe et lise des passages du volume. Ça se fait rarement. Je la sentais emballée par le rythme, le fond aussi.»

L'autre sujet de conversation de la cuvée 2005 portait sur Montréal. À part Mme Burroughs, les six autres lauréats sont tous liés à cette ville d'une manière ou d'une autre. Znaimer y est arrivé en 1948 de son Tadjikistan natal. Le fondateur de MusiquePlus a fait carrière à Toronto. Peter Boneham, maintenant installé à Ottawa, a quitté New York pour cofonder le Groupe de la place Royale, la plus importante troupe de danse expérimentale de Montréal et du Canada dans les années soixante.

Raymond Lévesque, Marcel Dubé et Oliver Jones, eux, sont nés dans la métropole québécoise. «La culture de cette ville a de très profondes racines, expliquait hier ce dernier. J'ai débuté ici et j'ai ensuite bougé, travaillé beaucoup à l'étranger. Il y a beaucoup de talent ici.»