Festival mondial des arts pour la jeunesse - Un week-end chaud

Source Idra Labrie
Cargo, à voir à la salle Belvédère du Vieux-Port de Montréal.
Photo: Source Idra Labrie Cargo, à voir à la salle Belvédère du Vieux-Port de Montréal.

Si vous en êtes encore à vous demander pourquoi tant de gens crient au scandale devant le boycottage des activités culturelles par les enseignants de l'école publique, réservez de grandes plages de votre week-end. La fin de semaine qui vient vous donnera en effet l'occasion de vous rendre compte de la profonde diversité et de la richesse étonnante de l'offre de spectacles destinés aux jeunes publics. Aujourd'hui et demain seulement, on aura le choix entre plus d'une trentaine de représentations de 17 spectacles différents!

Des créations, en tas et en paquets

Plus encore, les spectacles de la fin de semaine se déroulent sous la bannière de la création. À l'exception de La Cité des loups, de Louise Bombardier, une production du Théâtre de l'oeil qu'on a vue à la Maison Théâtre le printemps dernier, et de Les Âmes soeurs, de Serge Marois, créée aussi le printemps dernier, tous les spectacles à l'affiche sont des créations. Allons-y dans l'ordre en suivant l'horloge et le calendrier.

Dès 10h aujourd'hui (et demain à la même heure également), le célèbre Puppentheatre den Halle nous revient avec Can you whistle Johanna?, une production remarquable associant marionnettes à fil traditionnelles et comédiens-manipulateurs. J'ai vu le spectacle à deux reprises à Mélimôme en avril et je n'hésite absolument pas à vous recommander cette histoire touchante et magistralement racontée... même si on le donnera ici en anglais.

Après, les choses se compliquent un peu pour les maniaques qui souhaiteraient tout voir du festival. À 13h, dans la petite salle de l'Usine C, c'est la dernière de The Little Matchgirl; il s'agit en fait de l'histoire bien connue de la petite fille aux allumettes racontée de façon bien particulière par l'équipe de Gruppe 38 du Danemark, que l'on connaît déjà à la suite des passages de la compagnie aux Coups de théâtre. À 14h, par contre, ça ne va plus: trois spectacles prennent l'affiche. Vous avez le choix entre la dernière représentation de Bekkanko-Oni, le conte musical japonais de la compagnie ELM présenté au Monument-National, et la dernière également, à la Place des Arts cette fois, d'Harmonie, la toute récente création du Théâtre de la Dame de coeur qui nous raconte une histoire où l'environnement et le sort de la planète sont remis en question. À peine quinze minutes plus tard, à 14h15 pour être précis, avec reprise à 16h30 (demain aussi), la salle Belvédère du Vieux-Port de Montréal accueille un spectacle-mystère qui porte le titre de Cargo, une coproduction Escales improbables-Théâtre incliné-Ranch-o-Banjo et le Clan des songes.

Ouf. Nous voilà à 15h et encore là il faudra posséder le don d'ubiquité pour assister en même temps à Mika, l'enfant pleureur, au Quat'Sous, la toute dernière création du Théâtre Bouches décousues, et, chez Prospero cette fois, à Pequenas historias, où de bizarres petites marionnettes racontent des histoires en espagnol (reprise demain à la même heure). À 16h, ce sont la dernière de La Cité des loups à la Cinquième salle de la PdA, la lecture de Bashir Lazhar, le tout récent texte d'Évelyne de la Chenelière au Théâtre d'Aujourd'hui (reprise dimanche à la même heure) et la première de la nouvelle création du Théâtre Motus, Inussia, la femme-phoque (avec reprise demain à la même heure) au Monument-National.

Heureusement, on pourra souffler un peu jusqu'à 19h, où là ça se rebouscule aux portillons. D'abord, la première au TNM des Illuminations, un spectacle de la compagnie française Les Petites Heures, d'après le texte de Rimbaud, bien sûr, avec reprise demain à 15h. Puis, Léon le nul, une autre coproduction des Bouches décousues (14h dimanche) au TdA, et, pour ceux qui ne l'auraient toujours pas vu, les deux dernières de Lettres d'amour de 0 à 10 (Usine C, à 15h dimanche aussi), dont j'ai déjà dit tout le bien que j'en pensais. À cela il faut rajouter quatre nouveaux spectacles demain: la première de Lasagne et Ravioli, à l'Usine C, 13h; Encyclopédie de M. Pi, à 13h30 au Gesù; Clash!, une production du Fils d'Hadrien danse (19h, Espace libre), et Les Âmes soeurs, de Serge Marois, à la Maison de la culture Frontenac à 19h.

Si, après tout cela, vous doutez encore de la pertinence du théâtre jeunes publics, eh bien, vous vous ferez soigner!

Quels jeunes publics?

En terminant, les passionnés réussiront sans doute à réserver aussi quelques heures lundi et mardi pour assister au colloque mis sur pied par la Maison Théâtre dans le cadre du congrès de l'ASSITEJ.

On discutera large, rue Ontario! Centré sur le thème du public, l'événement réunit la plupart des grands intervenants de la planète jeunes publics: bicoze l'ASSITEJ, ils seront tous là, ou presque. Lundi et mardi, on se penchera donc sur ces jeunes publics en les découpant en trois volets: la place des publics dans la pratique théâtrale, la «valeur» que l'on accorde à ces publics en se permettant, par exemple, de les priver de toute sortie culturelle et, enfin, comment négocier la place de l'émotion des enfants dans les oeuvres que l'on produit.

Alain Grégoire, de la Maison Théâtre, souligne à quel point il est fier d'accueillir cette rencontre dans le cadre de l'ASSITEJ. «Avec les bouleversements que nous connaissons actuellement, précise-t-il, cette rencontre ne pouvait pas mieux s'inscrire dans l'actualité. Ce sont des questions que nous ne pouvons plus éviter de nous poser. Et je trouve intéressant que ce soit des gens du milieu, des spécialistes et des observateurs qui amorcent la réflexion.»

C'est gratuit. Ça se passe à la Maison Théâtre à compter de 9h, lundi, jusqu'à 16h le lendemain. En prime, vous aurez doit à une histoire du théâtre pour jeunes publics au Québec orchestrée par Diane Pavlovic et Martin Faucher. On se renseigne sur le site Internet de la Maison Théâtre (www.Maisontheatre.qc.ca) ou par téléphone au (514) 288-7211.