Brian Wilson présente Smile! à la PdA - Deux heures et demie de paradis sur terre

& Mercy. «Love and mercy to you and your friends tonight...» Ce n'était certes pas la chanson la plus connue de la soirée, loin de là, douce ballade provenant de son premier album solo, un peu oublié depuis sa sortie en 1985, mais c'était certainement la chanson qui les résumait toutes.

Car nous n'étions plus les mêmes à ce moment-là que deux heures et demie plus tôt. Après avoir tant reçu, on avait comme qui dirait envie de donner, d'être meilleurs, d'être à la hauteur de l'idée la plus haute que nous nous faisons de l'humanité. Je ne pouvais m'empêcher de penser au catéchisme de mon enfance, à l'effet que les miracles de Jésus produisaient sur les gens. Ce spectacle d'un Brian Wilson qui, avec son merveilleux orchestre de 18 musiciens, venait de donner les plus divines versions imaginables de ses géniales chansons, confinait au miracle.

Miracle? Pensez que ce gars-là, qui irradiait hier de bonheur, qui communiquait avec les gens sa musique et ses bonnes vibrations, est presque autiste. Une génie dans une bulle, que l'on croyait perdu pour de bon il n'y a pas si longtemps. Un maltraité de la vie. Un survivant improbable. Le voir hier aussi admirablement soutenu, épanoui comme une fleur enfin éclose parce qu'arrosé de bonne eau, redonnait littéralement confiance en l'humain.

Et toutes ces chansons qu'il a jadis créées pour les Beach Boys en étaient magnifiées: on constatait à quel point il avait toujours poursuivi le même but. Rendre heureux. Faire sourire. Qu'il s'agisse de ses hymnes à la plage et au surf (Surfin' U.S.A., Fun Fun Fun, Dance Dance Dance), de ses ballades les plus introspectives (In My Room, God Only Knows), de ses refrains les plus rassembleurs (Do It Again, Sail On Sailor, Add Some Music To Your Day), voire de l'oeuvre majestueuse intitulée Smile!, commencée il y a 38 ans, parachevée en 2004 et enfin présentée devant public, l'intention est la même. Remplir les gens d'harmonies de voix et d'instruments, afin que l'harmonie règne.

Il est beau à voir, Brian, à 62 ans, amoché mais content, obligé çà et là de lire les textes sur son téléprompteur, un peu gauche, mais sachant au fond de son coeur qu'il accomplit enfin ce dont il a rêvé toute sa vie. Faire entendre au plus grand nombre la musique qui joue dans sa tête, et recevoir en retour leurs sourires. Hier soir, juré craché, j'ai ressenti chez cet homme quelque chose qui ressemblait à la foi. Quand il chantait «God only knows how I'd be without you», j'ai vu un homme qui n'était plus seul. Et je nous ai vus, comme lui. Rayonnants.