Flop muséal à Shawinigan

Cela va mal pour l'exposition Les Éléments de la nature, présentée cet été par le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) à la Cité de l'énergie de Shawinigan. Inauguré le 11 juin, le travail mettant en vedette des oeuvres d'artistes contemporains inspirées par «les formes et les forces de la nature» n'avait attiré que 6152 visiteurs jusqu'à hier, selon informations obtenues par Le Devoir.

Les Éléments de la nature garde l'affiche jusqu'au 2 octobre. La direction de la Cité de l'énergie pense passer la barre des 10 000 ou 12 000 visiteurs d'ici là, alors que les organisateurs en espéraient au moins 15 000. Par comparaison, Le Corps transformé, la première exposition d'art présentée à Shawinigan, il y a deux ans, par le MBAC, avait drainé plus de 65 000 personnes.

«Nous attirons deux catégories de visiteurs: les amateurs d'art contemporain qui trouvent l'exposition formidable et les gens ordinaires qui la trouvent trop hermétique», note le directeur général Robert Trudel quand on le questionne sur les raisons de cette baisse de l'achalandage. Il souligne aussi que l'exposition a manqué de publicité et de couverture médiatique.

Le «flop» de Shawinigan demeure l'exception dans le secteur des musées cet été. Partout, à Ottawa, Québec ou Montréal, les institutions muséales affichent des niveaux de fréquentation enviables, rencontrant les objectifs fixés par les directions. Par contre, le secteur n'a pas retrouvé ses sommets d'achalandage de la dernière décennie.

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) annonce que sa seule exposition autour de l'oeuvre du peintre canadien Edwin Holgate a attiré déjà 31000 personnes et devrait en compter environ 10 000 de plus d'ici le 2 octobre, pour faire encore mieux que prévu. Le MBAM enchaînera à l'automne avec Le Paysage en Provence, qui devrait rameuter les foules.

Le Musée d'art con-temporain de Montréal (MACM) a déjà engrangé plus de 40 000 visites depuis la fin mai, notamment avec L'Envers des apparences, ce qui constitue de bons résultats pour l'établissement spécialisé. Par contre, la direction s'avoue déçue par le rendement de l'expérience d'ouverture en soirée pendant le Festival international de jazz, qui se déroule autour du MACM, avec à peine une trentaine de visiteurs par soir. «Il faut trois années pour créer des habitudes, commente Manon Blanchette, directrice des communications de l'établissement. Nous devrions donc quand même renouveler l'expérience pour une troisième année pendant le prochain festival.»

À Québec, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) a accumulé 133 000 entrées depuis la présentation de Camille Claudel et Rodin: la rencontre de deux destins. Les statistiques de l'établissement amalgament tous les visiteurs, venus pour cette exposition ou une autre. Les gains moyens dépassent maintenant les 2000 visiteurs par jour.

Dans une catégorie à part, le Musée canadien des civilisations (MCC), à Gatineau, continue d'empiler les comptes par centaines de milliers à chaque mois, avec des résultats encore plus spectaculaires cette année. Le MCC dénombrait près de 210 000 visiteurs en juillet par rapport à 175 000 au cours du même mois l'an dernier. En juin, la progression a été de 25 000 billets d'une année à l'autre. Au total, en 2005, le plus populaire établissement muséal du pays prévoit dépasser son record de 1,3 million de tours de tourniquets.

Le Musée des beaux-arts du Canada, le voisin d'Ottawa, fait moins bien, mais s'enorgueillit quand même de ses quelque 92 000 visiteurs pour l'expo Léonard de Vinci, Michel-Ange et la Renaissance à Florence, à l'affiche du 29 mai au 5 septembre. La direction avait placé l'objectif assez bas, avec un petit espoir de 65 000 billets.

N'empêche, la plupart des musées canadiens, surtout ceux consacrés aux beaux-arts, n'ont pas encore retrouvé les sommets d'achalandage de la fin de la dernière décennie. À Québec, les chiffres artificiellement gonflé du MNBAQ prétendaient dépasser le demi-million de visiteurs avec Rodin en 1998. L'année d'avant, le MBAC comptait 350 000 entrées avec une exposition consacrée à Renoir. Les Picasso attiraient 250 000 visiteurs.

Selon Johanne Charette, directrice des communications du MBAC, plusieurs facteurs se combinent pour expliquer cette baisse des fréquentation. «Le tourisme américain a diminué au Canada depuis les attentats du 11 septembre, la crise du SRAS en Ontario et la guerre en Irak», dit-elle. Elle ajoute que la hausse des prix de l'essence nuit aussi à l'industrie touristique. Mais les touristes étrangers ne constituent que 10 à 15 % du lot des visiteurs du MBAC, de sorte que des facteurs d'explication se trouvent aussi dans la concurrence des autres activités culturelles, notamment celle des festivals.

Fait à noter, les chiffres sont encore à venir en ce qui concerne l'achalandage de l'exposition Saint-Pierre et le Vatican. L'Héritage des papes, présentée à la basilique Notre-Dame, à Montréal, jusqu'au 18 septembre. Elle pourrait réserver des surprises en comptant les visiteurs par centaines de milliers, histoire de compenser pour le faible rendement de Shawinigan...