Québec au chevet des églises

L’église St. Michael’s, située à Montréal, est un des rares lieux de culte du Québec à bénéficier d’une subvention pour sa restauration en 2005.
Photo: Jacques Nadeau L’église St. Michael’s, située à Montréal, est un des rares lieux de culte du Québec à bénéficier d’une subvention pour sa restauration en 2005.

La Commission de la culture de l'Assemblée nationale se lance dans une vaste consultation sur «la préservation et la mise en valeur du patrimoine religieux québécois». La population peut se faire entendre en ligne depuis hier et pourra participer directement aux travaux des élus qui se déplaceront dans sept villes du Québec à l'automne.

«C'est très, très rare qu'une commission sorte de l'Assemblée nationale pour aller rencontrer les experts et les citoyens sur tout le territoire québécois, explique Bernard Brodeur, président de la Commission de la culture et député de Shefford. Mais il y a urgence. Nous sommes au bord du précipice en matière patrimoniale. Des églises délaissées par les fidèles ferment, des communautés religieuses vieillissantes quittent leur couvent centenaire, des paroisses cherchent des fonds pour soutenir la restauration d'un orgue ou de vitraux. Il est temps d'entamer une réflexion commune sur l'avenir de ce patrimoine collectif et de mobiliser l'ensemble des intervenants concernés par son avenir autour de solutions à long terme.»

Un récent inventaire de la Fondation du patrimoine religieux du Québec a recensé 2751 lieux de culte construits avant 1975 sur le territoire national, dont 2023 pour la seule religion catholique. Seulement 177 de ces temples et églises sont classés par l'État, dont un seul d'une tradition autre que catholique ou protestante. Au début des années 60, quatre Québécois sur cinq pratiquaient assidûment une religion; le taux des «talas» (comme dans: «qui-vont-à-la-messe») a chuté à moins d'une personne sur dix.

La commission se penchera sur l'avenir des bâtiments, mais également sur le patrimoine religieux mobilier, archivistique et immatériel, allant des orgues aux oeuvres d'art, des bibliothèques aux objets de culte. Le «mandat d'initiative» parle notamment de «favoriser l'émergence de solutions innovantes pour assurer à long terme la préservation du patrimoine religieux québécois, dans le respect de la capacité financière des citoyens et de l'État».

N'empêche, l'exercice peut étonner puisque le dernier gouvernement avait commandé un vaste rapport sur le patrimoine à un groupe-conseil dirigé par Roland Arpin, l'ancien directeur du Musée de la civilisation de Québec. Le document devait préparer l'adoption d'une loi sur le patrimoine qui se fait toujours attendre, même si la ministre Line Beauchamp avait promis de s'atteler à la tâche en février dernier.

«Il faut mobiliser la population, répond alors le président Brodeur. Nous cherchons à solliciter l'avis des experts et des citoyens. On y va sans dogme et sans a priori, ajoute-t-il. Tout est sur la table et tout sera examiné sans tabou. Mais il est utopique de penser que l'État pourra tout prendre en charge. On parle bien de milliards de dollars en valeur, ici. Par contre, l'État peut fournir un encadrement, par exemple établir un consensus sur le partage des responsabilités entre les différents partenaires dans ce dossier complexe.»

Les citoyens et les groupes désireux de présenter leur point de vue à la Commission ont jusqu'au 2 septembre 2005 pour le faire. Les auditions débuteront fin septembre à Montréal et se déploieront ensuite dans les villes de Gatineau, Trois-Rivières, Sherbrooke, Rimouski et Saguenay, pour se terminer à l'Assemblée nationale. Le rapport est attendu au début de l'année 2006.