L'été show du ROSEQ 2005 - La belle ballade des avaleurs d'asphalte

Un jour, par curiosité, Solange Morrissette fit le calcul. Combien de kilomètres fallait-il se farcir entre Port-Cartier et Natashquan? Entre Fermont et Tadoussac? Entre Amqui et Saint-Fabien? Mais surtout, en mettant bout à bout les itinéraires des tournées, ça faisait combien de route dans les jambes? À la fin, elle obtint un chiffre. Un gros. Si gros que, cette année-là, elle le servit en conférence de presse de dévoilement de programmation de ses tournées d'été, espérant faire son petit effet. Les médias, gros consommateurs de gros chiffres, s'en emparèrent, ravis de l'aubaine. Depuis, pas moyen de passer outre: la directrice générale du Réseau des organiseurs de salles de l'est du Québec (ROSEQ) fournit d'office le chiffre dans son communiqué. Ainsi apprenait-on hier matin au Lion d'Or que «37 artistes et familles d'artistes d'ici et d'ailleurs prendront la route pour 240 représentations», sillonnant le Québec des régions éloignées du début de juin à la fin d'août, jusqu'à afficher pas moins de «127 151 kilomètres à l'odomètre». En gros, puisqu'il s'agit de rester dans le gros, trois fois le tour de la terre. Rien qu'au Québec.

Encore eût-il fallu ajouter les quelques milliers de kilomètres de bitume avalés ces jours-ci par la directrice générale et son nouveau porte-parole, le chanteur hilare Dumas, rien que pour aller porter la bonne nouvelle dans chacune des régions visitées. Avec dévoilements à Québec et Montréal en plus, comme de raison. Folle équipée qui semblait rendre Dumas encore plus hilare qu'à l'accoutumée: normal, on l'aime partout, on l'embrasse tout le temps et il n'en revient toujours pas. Plébiscité par les diffuseurs, on verra sa bonne bouille, on admirera son spectacle solo à pédales et l'on entendra son rire craquant dans 23 des 29 salles du Réseau d'été.

Dumas était hier le meilleur porte-parole imaginable. Non seulement sa présence signalait-elle, à la succession des Richard Séguin, Michel Rivard et autres François Cousineau, un renouvellement des forces vives très en phase avec la programmation proposée, mais il connaissait son monde. Ce type est un boulimique de chansons, on le constatait une fois de plus: tel un chroniqueur de la scène musicale, il avait pour chaque artiste présenté un commentaire d'auditeur fréquent et de spectateur habitué, d'Alexandre Belliard à Kaïn en passant par Marco Calliari, musicien d'Anonymus en goguette chansonnière.

Autant d'artistes qui vivront cet été leur baptême du rallye panquébécois. S'il y a bien quelques «vétérans» du ROSEQ à l'affiche (le Susie Arioli Band, Fred Fortin, Coral Egan, Marie-Jo Thério, Catherine Major, le bluesman Pat The White et le cher «dégustateur d'asphalte professionnel» Stephen Faulkner), ainsi que des vétérans du métier jamais encore passés par ces chemins-là (Jamil, Martine St-Clair, Giorgio Conte), ce sont surtout les nouveaux venus, les Damien Robitaille, Pépé et sa guitare, Gaudreau-Touzel, H'Sao, Véronic DiCaire, Dominique Bouffard, Taïma, Polémil Bazar et autres Maritza (oui, celle de Star Académie, qui a bien hâte de «faire son métier pour de vrai») qui rafraîchiront le paysage. Ouverture sur la nouveauté qui en disait long sur la santé de la chanson québécoise: logique implacable, moins les diffuseurs sont frileux, plus les artistes sont au chaud. Tous les détails sur le site www.roseq.qc.ca.