L'Acadie pleure son poète Gérald Leblanc

Gérald Leblanc
Photo: Gérald Leblanc

Le poète et éditeur Gérald Leblanc est décédé lundi des suites d'un cancer. Auteur de nombre de recueils de poésie et personnalité de premier plan de la culture acadienne, Gérald Leblanc était reconnu comme l'un des meilleurs ambassadeurs culturels de l'Acadie contemporaine. Il cherchait sans cesse à préciser et à affirmer les balises de sa terre natale.

Poète prolifique à la parole passionnée et militante, homme de toutes les scènes, Gérald Leblanc a publié, entre autres, Géographie de la nuit rouge (1984), L'Extrême Frontière (1988), Complaintes du continent (1993), Éloge du chiac (1995) et Le Plus Clair du Temps (2001). Il a aussi fait paraître, en collaboration avec Claude Beausoleil, deux éditions d'une anthologie de la poésie acadienne. Depuis 1981, Gérald Leblanc avait fait paraître régulièrement des ouvrages, une quinzaine en tout. On le connaissait aussi comme directeur de revue, critique et traducteur.

Lecteur boulimique, il connaissait de façon exceptionnelle tout l'univers de la littérature nord-américaine. Son univers littéraire personnel fait une large place à la musique, à l'espace urbain ainsi qu'à une certaine contre-culture. La ville de Moncton, capitale de son oeuvre, était pour lui non seulement le coeur de l'Acadie, mais aussi celui de toute une culture française d'Amérique.

En 1993, le gouvernement du Nouveau-Brunswick lui décernait le prix Pascal-Poirier pour l'ensemble de son oeuvre. Il a aussi reçu le prix Estuaire des Terrasses Saint-Sulpice et le prix littéraire de la ville de Moncton. L'auteur Herménégilde Chiasson, désormais lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick, souligne que son ami Gérald Leblanc «était un perfectionniste» et un homme «proche du peuple».

Selon Claude Beausoleil, Leblanc était «un poète qui avait une vision de l'Acadie moderne et qui a travaillé toute sa vie à l'incarner: il a décidé qu'il y aurait, à partir de Moncton, une poésie acadienne contemporaine. Si des dizaines de recueils existent aujourd'hui, c'est à cause de lui. Il ne doutait pas de sa vision. Gérald Leblanc était l'animateur de base de la littérature en Acadie. C'était un homme appliqué et volontariste. Il était le plus incarné des personnages de l'Acadie moderne.»

Le nouveau directeur littéraire des Éditions Perce-Neige, Serge-Patrice Thibodeau, estime pour sa part que Gérald Leblanc était une voix marquante tout autant pour l'Acadie que pour l'ensemble de la francophonie. Chose certaine, plusieurs écrivains acadiens ne cachent pas leurs dettes envers lui, dont Éric Cormier, Paul Bossé, Marc Poirier, Christian Roy et Frédéric Gary Comeau.

Comme éditeur, Gérald Leblanc a été au nombre des fondateurs des Éditions Perce-Neige, une maison dont il a été le principal animateur durant des années. Il a aussi été de ceux qui relancèrent cette importante enseigne éditoriale acadienne après qu'elle eut été forcée, au début des années 1990, de cesser ses activités. Les Éditions Perce-Neige célèbrent cette année leur quart de siècle.

Très près de la scène musicale, Gérald Leblanc a aussi été, entre autres choses, le principal parolier du célèbre groupe acadien 1755. Plusieurs de ses chansons font désormais partie du répertoire national acadien contemporain. Ses textes ont été repris notamment par Marie-Jo Thério.

Le chanteur louisianais Zachary Richard, qui participait récemment à un hommage public consacré à l'écrivain, considère pour sa part Gérald Leblanc comme «le plus grand poète acadien contemporain».

Originaire de Bouctouche, l'auteur de L'Éloge du chiac vivait à Moncton depuis 1971, à l'époque où il commença à écrire. Ses funérailles auront lieu demain à la cathédrale de Moncton. Gérald Leblanc était âgé de 59 ans.